Vélo Mag

Montréal, une ville pour les cyclistes

À Montréal, l'association Vélo Québec lutte de longue date pour promouvoir l'usage quotidien du vélo. Le festival Go Vélo Montréal est le symbole de ce combat qui, faute d'être jamais gagné, est plein d'espoir : 25000 cyclistes dans les rues à l'occasion « Tour de l'Île », n'est-ce pas une image forte ?

Cyclisme sur route - Ville - 25000 cyclistes dans les rues à l'occasion « Tour de l'Île »   ©Olivier Haralambon

25000 cyclistes dans les rues à l'occasion « Tour de l'Île »  ©Olivier Haralambon

Laissant dans notre dos les tours du centre-ville, nous remontons sur le flanc est du Mont-Royal une vaste avenue doublée, comme il se doit, d'une large piste cyclable. L'atmosphère orageuse, étonnamment chaude en cette fin de printemps, accentue les exhalaisons végétales, et l'air-même est comme saturé d'arbres. Sur la pelouse du parc Jeanne Mance, une grand-roue foraine se dresse, sous laquelle s'éparpillent quelques tentes et buvettes. On devise en poussant son « bécycle » à la main, on se rassemble doucement, on trinque. Un vendredi soir sur la terre.

Le temps d'une bière (rapide, j'ai soif) et d'un burger de porc effiloché, c'est une énorme foule qui s'est agrégée du côté de l'avenue : 15000 participants.Le « Tour la Nuit » n'a rien d'une course, la compétition n'est pas de mise, ici. Ou alors elle concerne l'art d'accommoder les guirlandes lumineuses sur son vélo. C'est en famille qu'on roule, ou entre amis de tous âges, et entre les phosphorescences multicolores, les clignotements, les tandems et les remorques, les sonos embarquées, les klaxons et les sonnettes, les casques à plumes et les baudruches, c'est une sorte de procession joyeuse, un peu nerveuse par endroits, qui s'écoule à travers les arrondissements de Montréal. Les mômes pédalent au beau milieu de la chaussée sans craindre ni voitures ni réprimandes, et devant des habitants que la chaleur a poussé sur le pas des portes et des jardins, guitare ou bongos à la main parfois. Sur ces 22 km parcourus entre quartiers chics et populaires, des marges enfrichées de la ville jusqu'à ses bourgeoises façades de brique rouge abritées derrière leurs escaliers, on se sent le voisin de tout le monde.

Les mômes pédalent au beau milieu de la chaussée sans craindre ni voitures ni réprimandes   ©Olivier Haralambon
Les mômes pédalent au beau milieu de la chaussée sans craindre ni voitures ni réprimandes  ©Olivier Haralambon

Le dimanche matin, pour le « Tour de l'Ile », l'ambiance est très similaire si l'on excepte que la nuit a laissé place au plein soleil, et que les participants sont encore plus nombreux : 25000 cette fois-ci, répartis sur trois distances (26, 60 et un 100km « express » pour les cyclosportifs). Là, c'est la ville nue qui s'offre à eux, avec ses avenues désertes et les perceptives démesurées qu'elles offrent sur des ouvrages aussi différents que le pont Jacques Cartier ou le stade olympique. Tout cette topographie soudainement devenue lisible, dévoilée par l'absence de voitures, on s'étonne de se l'approprier, un coup de pédale après l'autre. C'est pourtant bien là le but de ces événements : rassurer, inciter le plus de monde possible à s'y déplacer à vélo, au quotidien.

Imagine-t-on quinze ou vingt mille cyclistes bloquer une fois par an le plan de circulation de Paris ? Derrière ce succès populaire non démenti, se cache toute l'histoire de l'association « Vélo Québec », et du militantisme pro-vélo chez nos « cousins » nord-américains.

La Fédération Québécoise de Cyclotourisme fut créée en 1967 par Gabriel Lupien, père rédemptoriste et professeur d'éducation physique, persuadé de l'aptitude unique de la bicyclette et des « grands horizons » à développer chez les jeunes gens le goût et la culture de l'effort. Puis, à la faveur des années 1970, après que la FQC fût devenue Vélo Québec, les choses prirent une tournure nettement militante.

Entre alors en scène une autre association revendicatrice, « Le Monde à Bicyclette », à l'initiative de spectaculaires manifestations : un die-in géant d'octobre 1976, avec centaines de cyclistes allongés sur la chaussée et barbouillés de (faux) sang, est resté dans toutes les mémoires. Comme les fausses pistes cyclables, les slogans et pictogrammes qu'on peignit sur la chaussée, au pochoir et en pleine nuit, et que la mairie faisait effacer dès le lendemain. « C'est aussi l'époque, raconte Suzanne Larreau, actuelle directrice générale de Vélo Québec, où l'on prend le métro avec toutes sortes d'objets encombrants _ planche à repasser, matelas _ pour protester contre l'interdiction absurde faite aux vélos ».

Mais on ne s'en tient pas au seul volet protestataire, on propose, aussi. Et l'association de regrouper les experts en urbanisme et aménagements cyclables. En 1990 l'association publie le « Guide technique d'aménagement des voies cyclables ».

De fait, ce sont les débuts fracassants du « Tour de l'Île », qui ont apporté l'autonomie financière et permis l'envol de Vélo Québec. En effet, en 1985, pour la première édition, seuls 3500 courageux s'élancent sous la pluie automnale; mais l'année suivante, dans la douceur de juin (ça aide) ils sont 15000. Le record sera enregistré en 1992, avec 45000 (!) cyclistes dans les rues de Montréal.

Les autorités ne peuvent ignorer un tel phénomène, et au-delà de la simple (!) organisation de ces événements fédérateurs et incitateurs, Vélo Québec est devenue un interlocuteur incontournable en matière de transports et de mobilité urbaine. Au fil du temps, l'association de lobbying, de conseil et d'expertise s'est augmentée d'une agence de voyage (à vélo évidemment), et d'une maison d'édition, mais le projet initial est resté inchangé : faire rouler les gens à vélo. Idéalement, tous.

Le siège de l'association Vélo Quebec   ©Olivier Haralambon
Le siège de l'association Vélo Quebec  ©Olivier Haralambon

Bien sûr, pour cela il faut développer les réseaux cyclables, aménager le territoire en ville comme à l'extérieur, et forcément disputer l'espace aux autos.

Et si les chiffres nous laissent rêveurs (Montréal c'est 750km de piste - 432 déneigés l'hiver ! - dont 50 sont physiquement - c'est-à-dire, pas seulement par une ligne tracée au sol mais isolés de la circulation automobile), on ne doit pas oublier certaines « conditions de possibilité ». Que penser du fait qu'à Montréal, on ne croise pratiquement aucun deux-roues motorisé. Je n'ai vu qu'un scooter en une semaine ! Pourquoi ? Parce qu'il leur est interdit de rouler entre les files, et de remonter les voitures, et qu'ils ne représentent donc aucun gain de temps. Alors que la piste cyclable...

Il ne faut pas oublier - je me fonde ici sur les propos de l'économiste Frédéric Héran - combien en France la « mobylette » a tué l'usage quotidien du vélo.

Tourisme vélo sympathique pour quartiers branchés

Si Montréal se revendique la ville la plus « vélosympathique » d'Amérique du Nord, certains aspects le sont plus encore que d'autres. Ainsi le Plateau Mont-Royal et le Mile End, dont les anciens quartiers ouvriers, juifs, italiens ou grecs se sont aujourd'hui largement gentrifiés (artistes et geeks de tous poils les ayant investi) offrent une douceur de vivre absolument sans équivalent dans une ville de cette taille.
Les guides de Fitz&Folwell se proposent de vous les faire découvrir à vélo : friches ou jardins communautaires, bars et cafés anciens ou branchés, incubateurs d'entreprises, offrent une diversité de visages qui n'en compromettent pas l'unité indolente. Manger un sandwich chez Wilensky dont la déco n'a pas bougé d'un clou depuis cinquante ans, avaler un bagel St-Viateur encore chaud ou un espresso au Café Olimpico, se restaurer végétalien à la Panthère Verte, vous n'aurez que l'embarras du choix, ou déambuler dans le merveilleux marché Jean Talon, vous aurez le choix.Les façades et l'architecture portent les traces d'influences diverses : les fameux triplex, (autrefois logement destinés à ne population modeste) à l'abri derrière leur escalier de fer, ou somptueuses maisons, respirent une étonnante tranquillité sous la protection d'arbres omniprésents.Fin du fin de la quiétude, ces ruelles vertes, où les voitures quand elles passent ne peuvent avancer qu'au pas et ne peuvent en aucun cas stationner, et dont les bords sont systématiquement verdis de plants divers, où l'ombre le dispute aux taches lumineuses tombées d'entre les feuilles, où règnent le silence et les jeux des enfants.
Les ruelles vertes de Montréal, un bonheur pour les cyclistes   ©Olivier Haralambon
Les ruelles vertes de Montréal, un bonheur pour les cyclistes  ©Olivier Haralambon
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