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Robert Pirès : « J'ai le maillot de Ronaldo de la finale 98 »

S'il débriefe les matchs de la Coupe du monde en Russie pour beIN Sports, Robert Pirès la gagnait 20 ans plus tôt en France. Pour Sport & Style, il est revenu sur son sacre, sur son après-carrière et sur sa situation à Arsenal.

Tous sports - People - James Shaw/Photoshot/Maxppp

James Shaw/Photoshot/Maxppp

Qu'avez-vous ressenti en rentrant sur le terrain, lors du match France 98 vs Fifa 98, aux côtés de vos anciens coéquipiers champions du monde ? 

Robert Pirès : La même sensation qu'il y a 20 ans, on s'aperçoit que rien à changer. Il y a la même ambiance, on se remémore les bons souvenirs. Et l'atmosphère dans le stade était incroyable. Ce qui est fort dans cette aventure c'est que les gens restent très nostalgiques par rapport à ce que l'on a créé.

Vous vous revoyez régulièrement tous ensemble ? 

Tous ensemble comme cela non, la dernière fois c'était il y a 10 ans, pour fêter les 10 ans de 1998. De temps en temps des matchs s'organisent pour des oeuvres, 8 ou 10 joueurs font les déplacements. Mais un tel rassemblement comme hier est unique.

Youri a raconté dans une interview que vous vous retrouviez tous ensemble autour d'un repas chaque année...

Oui c'est vrai, généralement en décembre. On fait une réunion pour voir ce que l'on peut organiser, et on fait aussi un stage à Tignes. On essaye de se retrouver.

Avec quels joueurs êtes-vous restés le plus proche ?

(Il réfléchit). Je suis bien avec tout le monde. Après le plus proche, je dirais Viera, Henri... On s'envoie régulièrement des messages que ce soit avec Dugarry, Candela, Zidane. C'est important, car encore une fois, il s'est vraiment passé quelque chose. Après tout le monde n'est pas ami. Ce qui est sûr c'est que personnellement je pourrais partir en vacances avec tout le monde.

Vous avez déclaré que Didier Deschamps était resté le même qu'en 1998. Et vous ?

C'est sûr que la Coupe du monde nous a poussés dans une autre dimension, mais je pense être resté le même, j'ai eu un mode de vie, j'ai reçu une certaine éducation, et cela a été ma ligne de conduite. Même si j'ai joué en équipe de France, même si j'ai joué dans des grands clubs et que j'ai gagné beaucoup d'argent. Je sais d'où je viens, fils d'immigrés, d'un côté un père portugais et de l'autre une mère espagnole. Pour moi, c'est important de garder la base.

« Dugarry était capable de couper des manches ou des chaussettes s'il les trouvait moche »

Où se trouve votre réplique de la Coupe du monde ?

Chez mes parents. Tout ce qui est médailles, maillots... Ma mère garde tout soigneusement dans un coffre.

Quels maillots avez-vous gardé ?

En finale contre le Brésil, j'ai échangé mon maillot contre celui de Ronaldo. Après, j'ai ceux de Ronaldhino, Zidane, Luis Figo...

Robert Pirès lors d'un événement Foot Locker à Paris la semaine dernière.
Robert Pirès lors d'un événement Foot Locker à Paris la semaine dernière.

Quelle est la question que l'on vous a le plus posée ?

(rires) Le problème c'est que cette phrase est devenue culte...

« Muscle ton jeu Robert »... 

Oui, je ne vais pas dire que ça me saoule, mais ça me fait rire parce que les gens n'ont pas oublié. Encore aujourd'hui, les gens me demandent si j'ai musclé mon jeu. Je ne pensais pas que cette phrase d'Aimé Jacquet allait avoir un tel impact. Elle est même devenue culte.

Faisiez-vous attention à votre look à l'époque ? 

Oui beaucoup. Disons qu'avec des mecs comme Christophe Dugarry, on n'avait pas le droit à l'erreur. Il était capable de couper des manches ou des chaussettes s'il les trouvait moches. Il fallait trouver un certain style, et surtout, arriver à l'entraînement bien habillé. Lorsque je jouais à Marseille, les mecs ne faisaient vraiment pas de cadeau (rires). Mais j'ai toujours aimé la mode, j'essaye aujourd'hui d'aller à des défilés à Londres.

« Si je peux aider Unai Emery à être la passerelle entre lui et les joueurs... Je serais ravi d'intégrer son staff »

Vous êtes ambassadeur d'Arsenal, quelle est votre mission ?

Arsenal est un club de football qui est devenu une marque. Il faut donc faire de la promotion même si le club a une très bonne réputation. Il s'agit de rencontrer les fans, les sponsors. Il y a 15 jours, j'étais à Hong-Kong pour rencontrer un nouveau sponsor de vin chilien. Cela me permet de découvrir des villes, c'est intéressant. Et il n'y a pas de pression, c'est ça qui est bien (rires).

Allez-vous intégrer le staff d'Unai Emery ? 

J'aimerais bien, je l'ai dit clairement, mais ça ne dépend pas que de moi. La décision viendra du club. Si je peux aider Unai Emery à l'intégration, si je pouvais être la passerelle entre lui et les joueurs... Je serais ravi d'intégrer son staff.

L'avez-vous déjà rencontré ?

Non pas encore. J'ai rencontré le nouveau joueur Stephan Lichtsteiner.

C'est prévu ?

Non. Ça dépend de lui, ce qu'il veut faire, moi, j'ai juste proposé mes services. Si demain il veut me rencontrer, ça sera avec plaisir. S'il choisit quelqu'un d'autre, je respecterai son choix.

Et dans un autre club ?

Entraîneur non, pas aujourd'hui et je n'ai pas mes diplômes. Mais pourquoi pas un jour, cela peut être intéressant. Mais je sais que c'est très dur.

Que pensez-vous du travail d'entraîneur d'Unai Emery ?

Je le trouve bon, il a gagné des titres nationaux, il n'a pas de chance car il tombe sur le Real Madrid en Ligue des Champions. Mais il a fait plutôt du bon boulot, il a gagné l'Europa League avec Séville.

« J'aimerais bien voir Ousmane Dembelé à Arsenal »

Arsenal a-t-il les moyens de la gagner ?

Avec Unai Emery, je pense que oui, il connait cette compétition, il est capable de la gagner. Si Arsenal l'a choisi je pense que ce n'est pas pour rien. Il peut apporter quelque chose de nouveau. C'est un changement radical pour Arsenal, pendant 22 ans ils ont eu le même entraîneur, avec la même façon de jouer. J'étais triste pour Arsène Wenger, et comme beaucoup, je ne m'y attendais pas. Il a surpris tout le monde. Je respecte toutes les décisions, il a dû sentir qu'il était fatigué, et je comprends.

Quels joueurs rêveriez-vous de voir débarquer à Arsenal ? 

(rires) Je ne suis pas encore entraîneur. Déjà un Français, car ils ont toujours été importants à Arsenal, à cause ou grâce à Arsène. J'aimerais bien voir Ousmane Dembelé, il a le jeu et le profil pour jouer au club. Je sais qu'il est un peu cher mais bon aujourd'hui tout est possible.

Robert Pirès en pleine discussion avec l'humoriste Kevin Razy.
Robert Pirès en pleine discussion avec l'humoriste Kevin Razy.

Comment gère-t-on le fait de monter très haut, de devenir champion du monde, et, un jour, de devoir redescendre ? 

Il faut se préparer. Je savais que ça s'arrêterait le jour où mon métier de footballeur prendrait fin. Il faut anticiper, on sait qu'à 35 ans, la partie est finie car le corps ne peut plus supporter le haut niveau. Je savais que ça me plairait de travailler dans les médias. J'ai eu cette chance d'intégrer l'équipe de BeIN Sport depuis sa création en 2012. Ça s'est enchainé. Quand tu bosses à la TV, cela t'apporte de la visibilité et les gens ne t'oublient pas.

C'est important ?

Oui, on en a besoin. On a été formé à ça. Rien ne vaut le fait d'être footballeur professionnel, mais cela permet de donner des conseils aux joueurs, de pouvoir éclairer les téléspectateurs. Mais c'est sûr que l'après football a été compliqué. Pendant 3 ou 4 mois, je me demandais ce que j'allais faire. J'étais à la maison à ne rien faire. Alors il faut vite réagir, et essayer de trouver une nouvelle orientation.

« Depuis mon retour d'Inde, il y a une chose que je n'ai plus le droit de faire : me plaindre »

Est-ce que l'après football a été mal géré par certains de vos anciens coéquipiers ? 

Oui il y a des joueurs pour qui cela a été plus difficile. C'est pour cela qu'il ne faut pas les oublier, ne pas hésiter à leur tendre la main, même financièrement.

Cela est déjà arrivé ?

Oui mais je ne dirai pas de nom. C'est important de ne pas oublier les autres.

Que retenez-vous de votre passage en Inde ? 

De bons souvenirs. Humainement, j'ai rencontré des gens exceptionnels. Financièrement, c'était plutôt intéressant. Sportivement, ça allait. Depuis mon retour d'Inde, il y a une chose que je n'ai plus le droit de faire : me plaindre. Je me suis retrouvé face à la misère. On se dit vite que l'on a beaucoup de chance de vivre à Londres ou à Paris. La plupart des gens ne réalise pas leur chance. J'ai vraiment pris une claque en Inde. Je raconte souvent à mes enfants ce que j'ai vu en Inde quand ils ne finissent pas ce qu'il y a dans l'assiette. Et après ils la terminent à chaque fois.

Quel est votre pronostic pour la Coupe du monde en Russie ? 

La France, avec le Brésil et l'Espagne. Je suis avant tout supporter de l'équipe de France, je crois en l'équipe et en Deschamps. Après il y a toujours des imperfections, le chantier se trouve au niveau de la défense. En 1998, on avait une forme d'insouciance, on ne nous attendait pas forcément tout en haut. Mais on était entourés de compétiteurs, la plupart jouait en Italie, comme Didier Deschamps, Marcel Desailly ou Lilian Thuram. Ils avaient la culture de la gagne. Et ils nous ont poussé à avoir cette mentalité. On a commencé le Mondial pour le gagner.

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