Voyage

Raid Gallops of Morocco, l'époquée fantastique

200 kilomètres dans le sable et le vent, à dos d'étalon, à travers les dunes du désert de Merzouga. Le raid Gallops of Morocco est un frisson majeur, une adrénaline à l'élégance vertigineuse. Récit.

Tous sports - Bons plans - Photo : Cédric Viollet / Stylisme : Clémence Cahu

Photo : Cédric Viollet / Stylisme : Clémence Cahu

Nous venions de Paris. Avions voyagé l'entière journée d'avant : Charles-de-Gaulle aux premières heures du jour, puis un avion affrété tout spécialement jusqu'aux portes du désert de Merzouga, à l'est du pays, dans la région de Drâa-Tafilalet. Puis ? Plusieurs heures de route, et l'arrivée à Erfoud, dans l'hôtel Xaluca, à l'orée du grand sable. Sacs posés. Nous avions délié nos jambes, frotté nos paupières, ôté nos chaussettes à la va-vite. Enfilé une chemise propre. Ce soir-là, entre deux agapes dans la salle d'honneur de l'hôtel, les peaux chauffaient déjà. Rouges, de l'impatience à enfiler les bottes, le lendemain. Rouges, du trac et de la joie, pleine et presque enfantine, d'avoir à se lancer dans une aventure désirée avec ardeur : 200 kilomètres à cheval à travers le désert - roche noire, dunes géantes, plateaux balayés par les vents et canyons gigantesques -, quelque chose de grand. Fou. Une histoire de rythme cardiaque qui accélère et une indéniable façon de céder, en entier, aux redoutables sirènes de la fureur de vivre. Rare, dans une vie. Très rare.

Photo : Cédric Viollet / Stylisme : Clémence Cahu
Photo : Cédric Viollet / Stylisme : Clémence Cahu

La première nuit a passé. L'aube s'est levée. Culotte d'équitation, boots, chaps. Manches longues et gants de cuir. Lunettes de soleil. Casque sous le bras. Jambes qui flageolent et pensées qui valsent façon derviche : soudain, dans le blanc pâtiné du décor, au pied du fort Harroun, apparaissent quatre-vingt-dix chevaux. Pas de simples chevaux, non. Pour être précis, des étalons barbes et arabo-barbes, généreux et solides, très endurants. Résonnent, leurs hennissements puissants. Le sol tremble sous leurs piaffés impatients ; l'atmosphère chauffe, saturée de leur souffle hallucinant. Dans un cursus classique de cavalier, on ne croise pas souvent d'étalon, animal envoûtant, délibérément dominant, une force supérieure aux sens en éveil constant. Ici, le temps de froncer le sourcil, presque cent apparaissent d'un coup, sublimes, petits ou grands, courts ou longs crins, bai brun ou alezan, certains gris très clair, tous l'oeil brillant. Exaltés par la hâte de bientôt filer au grand galop. Au Maroc, on ne castre pas les chevaux. Les organisateurs du Gallops of Morocco n'ont pas eu le choix : il a fallu qu'ils forment des couples cavaliers-chevaux avec ces entiers castés pour l'occasion, grâce à l'expertise, notamment, de spécialistes comme Joël Proust (personnage phare du milieu du cinéma, habitué des tournages impliquant des chevaux). « Tout a été remarquablement dosé » témoigne Xavier Libbrecht, 64 ans, éleveur de chevaux de course dans le Pas-de-Calais et, après Oman, participant à son deuxième grand Gallops. « Aux manettes, on a affaire à de véritables hommes de chevaux, capables de doser la folie d'un tel raid, le casting des chevaux, la réalité du terrain, les distances choisies, les types de reliefs et la durée de l'épreuve. »

Photo : Cédric Viollet / Stylisme : Clémence Cahu
Photo : Cédric Viollet / Stylisme : Clémence Cahu

Sur la ligne de départ, ce matin-là, seize nationalités sont représentées. Des femmes, des hommes, des cavaliers de polo, de rando, de classique, de tourisme. Des passionnés, gens de chevaux mus par l'envie de vivre, en grand, une aventure équestre démesurée. Au menu de ce premier jour de course : 28 kilomètres à parcourir en pile 260 minutes, incluant 30 minutes de pause (mission : avaler un déjeuner sur le pouce, étalon au bout des rênes) plus un contrôle vétérinaire pour s'assurer que l'animal supporte l'épreuve et que son rythme cardiaque ne dépasse pas les 64 battements par minute. Du côté des chevaux, ça piaille. Ça ronfle. Ça gronde. Ça bat de l'antérieur. Côté cavaliers, ça tressaille. Sue. Trépigne et tente de maîtriser le stress.

C'est l'heure. Je place ma bombe, sens mon coeur battre la chamade. Je me mets en selle, chuchote à Majid - arabo-barbe de 9 ans, gris souris, crins de roi - trois mots pleins de bon sens : cool, mon garçon. Il m'entend, Majid. Je le sais. N'empêche, il trotte encolure gonflée et naseaux excités. Je compte les secondes. Top. Enfin, nous franchissons la ligne de départ, et avec les quatre autres duos de l'équipe, nous entamons notre long périple plein sable, plein vent. Tout s'étend à l'infini. Tout s'étire et suit une ligne insensée : la liberté. Déclic. Je ressens le luxe. Je souris. Doucement, alors, mes jambes descendent le long de la sangle de la selle. Majid délie son allure, je lui dis que je l'aime, déjà, et qu'ensemble nous allons vivre un délice rude, tu verras, une chance.

Photo : Cédric Viollet / Stylisme : Clémence Cahu
Photo : Cédric Viollet / Stylisme : Clémence Cahu

Les kilomètres défilent. Les chevaux les avalent. Les cavaliers apprivoisent les grains de sable qui accrochent, sans gêne, la peau de leur visage. Tout le monde se hisse au sommet de la redoutable dune de Merzouga. Griserie de chevaucher sabots sur le fil d'une crête de sable, plein désert, plein frisson. Et honnêtement... mal aux fesses aussi. Mal aux jambes, mal en haut des épaules1. Mais le coeur, amis. Le coeur ivre, heureux, si léger. Avant que le jour s'éclipse, les cavaliers des seize équipes posent pied à terre. Aux alentours du lac Yasmina, le bivouac est monté. L'eau des douches est chaude. La table est dressée. Ôter les chaps, les bottines, les gants de cuir. Rejoindre les autres pour le dîner. Les rejoindre, et partager.

Que le vent cingle la peau, que les lunettes soient pour toujours rayées. Que les erreurs de GPS mettent les nerfs à fleur de tout, qu'importe. Dans le ciel du désert, les étoiles brillent fort et la vie bat son plein. Galop.

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