Dumas : «La course la plus stressante»
dossier spécial
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La joie de Romain Dumas à l'arrivée.  Volkswagen Motorsport/ DR
Auto Pike's Peak

Romain Dumas : «La course la plus stressante»

Romain Dumas a pulvérisé le record de la montée de Pike's Peak au volant de sa Volkswagen I.D. R. à moteur 100% électrique (7'57''148). Interview adressée par Volkswagen depuis le sommet.

Au volant du proto 100 % électrique Volkswagen I.D. R, Romain Dumas a battu de seize secondes, le record de Sébastien Loeb sur la Peugeot 208 Turbo 16 Pike's Peak de 2013 : 7'57''148 contre 8'13''878. Romain Dumas devient donc le premier, dans cette montée contre le chronomètre, à passer sous la barre des huit minutes.

«Racontez-nous cette montée record

Ç'a été un bon run. Finalement, nous sommes parvenus à battre ce record de Sébastien Loeb et Peugeot (en 2013). Depuis cinq ans que j'essayais ! La première partie du parcours a été très bonne, la voiture était agréable à conduire. Dans le deuxième secteur, avec le brouillard, l'asphalte était plus humide et j'ai perdu un peu de temps -peut-être trois à quatre secondes- donc je me suis dit : Ok, je ne prends pas de risques inconsidérés dans les épingles. Je suis allé comme cela jusqu'au début du 3e secteur et il y avait à nouveau du soleil alors j'ai poussé un peu plus fort. C'est Pike's Peak ! On y est souvent tributaire de la météo. En plus, j'ai dû attendre 40 minutes dans la voiture avant de partir (évacuation par ambulance d'un motard blessé et d'un spectateur victime d'une crise cardiaque, ndlr). C'était long ! Cette course, c'est tellement de stress ! Je pense que celle-ci a été la plus stressante de toute ma carrière ! Je suis très heureux d'être là, arrivé au sommet. Félicitations à Volkswagen et à son équipe technique pour avoir réussi, en si peu de temps, une telle auto, 100% électrique. Amener en sept mois, une voiture d'une telle technologie sous les 8 minutes à Pike's Peak, bravo ! Au final, j'ai juste conduit l'auto et même si j'ai poussé le rythme, sans une bonne voiture, vous ne pouvez rien faire. Maintenant, après tous les efforts des derniers mois, j'ai juste envie de dormir durant des semaines ! Je suis si fatigué.

La préparation a été compliquée ? 

En fait, puisque j'étais aussi pris à côté par le reste de mon programme de courses avec Porsche, je voudrais remercier notre pilote d'essais Dieter Depping qui a aussi passé beaucoup de temps à développer l'auto, y compris sur le terrain à Pike's Peak. Il a été mon bras droit, mon pied droit ! Sans lui, nous n'aurions jamais pu tester la voiture autant de fois. Le challenge a été incroyable mais l'atmosphère dans l'équipe Volkswagen aussi. J'avais été très heureux de gagner avec ma propre équipe pour la première fois en 2014 (puis en 2016 et 2017) mais cette fois, j'ai pu aller jusqu'en haut sans aucun ennui sur l'auto. C'est une sorte de rêve et je peux vous dire que je suis très heureux que la course soit finie !

La collaboration avec l'équipe Volkswagen a été parfaite ? 

Je suis fier de ce que l'on a réussi. Je n'avais aucun doute qu'avec Volkswagen, ça allait marcher. Pourtant, il y a un mois et demi, nous étions encore souvent en panne. Ils sont arrivés à très bien travailler, dans une très bonne ambiance, avec une équipe technique incroyable (Sven Smets, le patron du team ; François-Xavier Demaison, le directeur technique ; Willy Rampf consultant et ex-Sauber F1, ndlr). On s'est fait confiance depuis le début, ils m'ont écouté et fait tout ce que je demandais. Ils ont même pris des gens qui travaillaient dans mon équipe sur la Norma, auparavant. C'est plutôt plaisant, cela prouve que par le passé, nous avions aussi réussi des choses plutôt pas mal. Pas tout, puisque je n'avais jamais réussi à aller jusqu'en haut sans problème. Cette fois, tout s'est bien passé.

Ce record absolu est-il un aboutissement ? 

Cela fait des années que je l'avais en tête mais des années que je n'y arrivais pas ! Je savais que la voiture pouvait aller très vite puisque dès les premiers tours d'essais à Alès, en avril, j'allais aussi vite que mon ancienne auto. Et en performances, l'an passé, si nous étions arrivés en haut sans problème, nous aurions déjà été pas loin du record. Mais c'est cette dernière semaine à Pike's Peak que j'ai vraiment compris que sans trop forcer, on allait battre le record de Sébastien Loeb si l'auto arrivait en haut et que je ne faisais pas trop d'erreurs. Après, ça dépendait de la météo aussi... Samedi, on annonçait même de la neige et pour la course, si j'étais parti un peu plus tôt, la température était meilleure et la voiture aurait encore mieux fonctionné. Mardi aux essais qualificatifs et après dans tous les secteurs, nous sommes allés plus vite que la Peugeot. J'ai compris que c'était jouable. Mais encore une fois, cela ne tient à rien.

«Parfois, dans la voiture, j'ai eu très peur de ses performances. Mais j'ai pris sur moi.»

Ça a pourtant presque paru facile... 

Oui, le record on l'a explosé, c'est certain. Mais une montée complète avec la Volkswagen, on ne l'avait encore jamais réussie. Au départ dans la voiture, je ne savais toujours pas si je devais utiliser l'oxygène pour respirer ou pas, à quel niveau je devais la mettre car j'avais peur de me sentir bien, pas bien... Il existait encore des zones d'ombre. Cela parait facile comme ça, mais... C'est des années de travail ici aussi, je connais la route par coeur ! Dans le passé, il y avait des virages où je ne passais pas à fond et là, je me suis un peu plus donné. Avec les appuis qu'elle avait, la voiture le permettait aussi. Et puis, ce n'est pas comme une auto aux 24 Heures du Mans où tu dois faire un compromis avec tes équipiers : là, c'est l'inverse ; ils m'ont choisi avec mes idées. Même si après trois semaines de travail partagé, ils en savaient déjà beaucoup plus que nous ! Travailler aussi ouvertement avec François-Xavier Demaison, sans avoir peur de lui dire ce que je pensais quand j'estimais que l'équipe technique pouvait prendre un mauvais chemin par rapport à ce que je savais de la course, cela m'était rarement arrivé !

La performance de la voiture vous a réellement impressionné ? 

Volkswagen est allé très loin et j'ai pu leur dire parfois, effectivement, que dans l'auto j'ai eu peur. Et même très peur. Mais je voulais tellement qu'on y arrive que j'ai pris sur moi. Mais je suis fier d'être passé au-dessus du vrai stress de ces derniers mois. Quand j'ai dit oui à François-Xavier, je lui ai donné mon calendrier de courses et je lui ai dit : voilà, tous les jours qu'il y a de libres, ils sont pour toi. Autant dire que ces six derniers mois, j'en ai fait beaucoup des jours pour VW ! Je ne suis pas resté souvent à la maison. Quelquefois, François-Xavier m'a même dit : ''tu es sûr que tu veux venir, que tu veux aller là ?''. Je lui répondais : ''Oui, on n'est pas là pour rigoler ! Il faut y aller.'' Je n'ai pas beaucoup vu ma famille, on n'a pas beaucoup dormi mais on a bien travaillé.»

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