Rugby Bleus

Les sept soucis du XV de France

Pas de préparation mentale, entame de match déplorable, des erreurs en défense, des mauvais placements en attaque : le XV de France sans leaders n'a pas su faire tomber les All Blacks, s'inclinant (18-38). Le mal est profond.

Rugby - Rugby - La capitaine et talonneur Guilhem Guirado va se heurter de plein fouet au mur noir et blanc sans parvenir à avancer. (F.Faugere/L'Equipe)

La capitaine et talonneur Guilhem Guirado va se heurter de plein fouet au mur noir et blanc sans parvenir à avancer. (F.Faugere/L'Equipe)

Un coup de gueule ne suffira plus

La France est la seule nation majeure à ne pas disposer d'un préparateur mental. Les All Blacks ont intégré Gilbert Enoka dès 2004 et les Ecossais Eric Blondeau (ancien «mentaliste» de Clermont) en 2014. Samedi, les Tricolores avaient besoin de coup de boost psychologique. «Sur la fin du mandat de Philippe Saint-André, nous avions un préparateur mental avec nous, Christian Ramos. Mais les joueurs se posaient la question de savoir si c'était l'allié du staff ou leur allié de manière privé et confidentielle, précise Yannick Bru. On a élargi le staff avec beaucoup de compétences périphériques mais pas celle-là. La préparation mentale reste le domaine réservé de notre patron. Je pense qu'il faudrait en parler avec Guy (Novès)...» Le XV de France ne pourra pas toujours compter sur un coup de gueule à la pause dans le vestiaire pour trouver les ressorts utiles à la performance.

Entame de match catastrophique

«Timides, respectueux», dit Yannick Bru, responsable des avants tricolores, pour expliquer l'atonie de la première période. «Attentistes», ajoute son alter ego pour les arrières, Jeff Dubois. Conséquence d'une absence de préparation mentale ciblée pour attaquer la montagne All Black (18-38). «Il n'y avait pas assez d'intensité dans le système, et des erreurs individuelles ont entraîné la chute de tout le monde, regrette Bru. Il n'y avait pas assez de connexions entre les joueurs. Peut-être pas assez d'agressivité, de détermination.» Davantage que l'absence de concentration, de lucidité et d'exigence, Bru préfère parler de «deux ballons perdus en touche à la retombée pour diverses raisons», qui polluèrent le début de match bleu. Sans compter «des manques sur nos montées défensives, sur des lectures de situations. Il y avait de l'envie, mais elle était maladroite

Pas de puissance au contact

«On n'a pas été si absents que ça dans le combat et dans l'engagement en première période mais il y a trois ballons rendus au contact (Poirot, Thomas, Gourdon, etc.) sur des duels simples. Les All Blacks étaient plus puissants que nous, c'est tout,» souligne Bru. Problème, les Français percutent frontalement alors que leurs adversaires visent les épaules faibles et les intervalles. Un joueur de cent kilos ne fait pas reculer un adversaire du même poids, sauf à le défier là où il est fragile, ce qui demande des courses précises et anticipées.

Beaucoup trop d'erreurs individuelles

«Nous les avons multipliés, les erreurs individuelles, et elles ont fragilisé le système, avoue Bru. On s'est maladroitement suicidés à plusieurs reprises (sic)» en défense «sur des fausses pistes. On a ouvert des portes. Il faut retrouver un niveau plus conforme à l'exigence internationale.» Regardez les notes de L'Equipe à l'issue du match : seul le demi de mêlée Antoine Dupont est au-dessus de la moyenne (6). La performance d'ensemble du XV de France est estimée à 4,1 sur 10. Médiocre.

Problème d'angles de course sur les combinaisons

«Sur la première possession, on marque (27e). Ça faisait longtemps que ça ne nous était pas arrivé», savoure Bru. Exception qui confirme la règle. «Après, si les joueurs n'assimilent pas les schémas aussi vite qu'on le voudrait, c'est notre responsabilité à nous, staff. Avec une charnière et une paire de centres nouvelles, et qu'on veut jouer à quinze, qu'on veut articuler le jeu sur des replacements rapides, oui, effectivement, il y a des décisions qui n'ont pas été bonnes.» Et des ballons balancés n'importe où, des joueurs qui croisent leurs courses à vide et cherchent où se positionner à partir des troisièmes temps de jeu.

Inefficacité dans les zones de marque

Autre souci permanent : la difficulté à marquer des points sur les temps forts. «Ce problème de cohérence dans les zones de marque est solutionné. Les joueurs savent ce qu'ils doivent faire», insiste Bru. Certes, mais ça n'est pas confirmé au tableau de marque. Les temps forts bleus ? 1ère-5e, 11e-13e et 25e-27e en première période. 40e-52e, 56e-59e et 73e-77e en seconde période. Pour deux essais au terme de presque 180 rucks. Un peu moins du double des All Blacks, capables d'accélérer pour créer puis bonifier des intervalles.

Où sont les leaders de jeu ?

On le sait, le talonneur Guilhem Guirado, 16 fois capitaine depuis 2016, est un leader par l'exemple. Pas un stratège ni un rassembleur charismatique. Il a été épaulé par «Mathieu Bastareaud, qui a eu un impact énorme au sein du groupe durant la semaine,» note Jeff Dubois. «On attend beaucoup de Louis Picamoles, reconnaît Bru. Il doit tirer le collectif vers le haut, nous apporter de la confiance dans les moments les plus durs». Ce qu'il n'a pas fait. «Difficile de demander à une charnière toute neuve (Dupont-Belleau) d'avoir un rôle de leader de jeu,» ajoute Dubois. A noter, dixit Bru, que «Jefferson Poirot et Kevin Gourdon ont pris de la place dans la préparation de ce match.» Mais y a-t-il des vice-capitaines de poids pour seconder Guirado ? Pour l'instant, non.

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