Golf Retro 2017

Tyrrell Hatton, la bonne (tête de) pioche (2/2)

Trois fois vainqueur en un an, le bouillant Tyrrell Hatton détonne sur la Race to Dubai. Parfois détesté pour son comportement, le jeune anglais s'en fiche, aligne les millions et trace sa route vers la Ryder Cup 2018.

Golf - Tour Européen -

Tyrrell et les petites canailles

L'été dernier, l'affaire commençait pourtant à moins bien tourner quand cinq cuts de suite se sont alignés. Les mauvaises vapeurs de la cocotte-minute Hatton ressortent alors. Assez pour provoquer des remontées de bile à certains commentateurs britanniques, faisant écho à une frange du public outrée par ses jérémiades limites compulsives. À domicile lors du British Masters, son body langage plein de frustration exaspérera tant de monde, au point que Gary Evans se lâchera sur les réseaux. L'ancien pro l'invitera en 140 caractères à «grandir» et à «stopper son comportement honteux sur les parcours». Un commentaire ni surprenant ni isolé, à l'encontre d'un joueur que leur fédération nationale n'a jamais vraiment apprécié. Hatton, ou le symbole d'une nouvelle génération anglaise. Celle des gentilles petites canailles nées après 1988 et bien différente de leurs aînés bien peignés. Avec le barbu Andrew «Beef» Johnston, le «lad» de pub Andy Sullivan ou le comique littéraire Eddie Pepperell, l'Angleterre propose en ce milieu de décennie des golfeurs pas toujours «gentleman like», mais en tout cas bien plus marrants que la portée des Luke Donald – Paul Casey – Justin Rose. Comme le révèle l'hilarant Pepperell sur son blog (qu'on vous recommande), ses trois potes n'ont jamais vraiment adhéré au moule de l'English Union. Quitte à être suspendu d'équipe nationale, comme ce fut le cas pour Beef ou Hatton durant leur carrière amateur.


En bon papa gaga de son fiston, coach Jeff encaisse toutes les piques, nées avec l'adolescence de son fils, nourries lors de ses débuts pros en 2011 sur l'EuroPro Tour et qui ne quitteront peut-être jamais le CV de son gamin : «Les critiques proviennent d'une minorité, soupire-t-il, en osant le parallèle avec l'attitude parfois borderline du Tiger Woods des mauvais jours. Vous pouvez être le meilleur joueur du monde et certains trouveront toujours quelque chose à redire... Tyrrell a toujours voulu taper le meilleur coup possible. S'il n'y parvient pas, il n'est pas content. Voilà. Pour moi, ça prouve qu'il est un gagnant.»


Si le père ne remettra jamais en cause son poulain et son éducation, il s'en prendra en revanche aux «haters» locaux. Alors, trop bouillant pour les Anglo-Saxons le Tyty ? «C'est une question de mentalité britannique, ironise-t-il, avant de se la tenter sociologue de comptoir. Montrer ses émotions quand on joue, ça passe sans doute mieux chez vous, les Continentaux, pas vrai ? Tyrrell ne serait sans doute pas autant critiqué s'il était Français !» Si Jeff savait...


«J'ai rarement vu un tel talent et un tel compétiteur» - Neil Tappin

Simple et efficace

La technique, les statistiques et les prêches de coaches n'ont jamais été pour Tyrrell Hatton. Selon ses mots, il «aime quand c'est simple. La technique, ça me fait frire le cerveau...», confessant aussi s'être éloigné à tort de ses fondamentaux de swing cet été, avant d'y revenir avec succès. Confirmation de Neil Tappin, un journaliste qui a pu passer quatre heures en sa compagnie, cet hiver pour un shooting : «Croyez-moi ou pas, mais Tyrrell a été incapable de m'expliquer comment taper un coup punché... Ce n'est pas un Monsieur Technique façon Justin Rose, qui lui est capable de tout décortiquer.»


Pourtant pas du genre à s'enflammer, le «Senior Writer» de Golf Monthly place même Hatton aux côtés de Matt Fitzpatrick comme le prochain Anglais vainqueur en GrandChelem. «J'ai rarement vu un tel talent et un tel compétiteur, pose Tappin. Hatton, c'est une sorte de Dustin Johnson : comme lui, il ne se préoccupe pas des obstacles, il se met devant la balle et la tape aussi bien que possible.» Guère doué pour les cours comme l'était DJ, Tyrrell a en lui cette insouciance dont sait faire preuve le numéro 1 mondial américain. Une sacrée qualité pour squatter les sommets, si on l'additionne comme c'est son cas à un swing efficace. Titulaire de la quatrième moyenne de score en Europe l'an dernier et également performant cet hiver lors de ses débuts sur le PGA Tour (deux 4es places, au Arnold Palmer Invitational et au Honda Classic), il ne lui reste plus maintenant qu'à briser le mur des Majeurs, là où il compte déjà deux tops 10. Mais à ce jour, pas la peine de se poser des problèmes quand tout roule droit, loin de la carrière de routier envisagée si le golf lui avait dit non. Aujourd'hui, il est multimillionnaire, affiche un explicite Cash is key sur son couvre-putter et roule en Lamborghini. Modèle Huracan, immatriculé à son nom.

Mental gagnant

Après avoir conservé facilement son titre au Dunhill Links début octobre dernier, l'Anglais prouvera une nouvelle fois l'efficacité de son feu intérieur, dès la semaine suivante en Italie. En tête après trois tours à Milan, Hatton se fera bousculer le dimanche par son compatriote Ross Fisher puis Kiradech Aphibarnrat, avant d'enquiller le birdie qu'il fallait pour ramasser le million d'euros du vainqueur. Un putt de quatre mètres plein trou sur le 72e green, pour s'imposer d'un coup lors de la cinquième étape des juteuses Rolex Series. Ce n'est pas encore un Grand Chelem ou un WGC, mais ça pose les bases sur sa force de caractère. Jeff explique : «J'ai entraîné Tyrrell un peu à la façon de Tiger Woods, son idole. Parfois, comme son père le faisait, je le dérangeais par surprise au début de son swing. Cela a développé sa force de concentration et sa capacité à bien jouer sous pression.» Un Français a justement pu se réchauffer au contact du brasier britannique. Quatrième du Dunhill Links à 10 coups du blondinet, Grégory Bourdy fera comme beaucoup, soulignant son mauvais caractère mais respectueux du résultat : «Bon, on ne sera jamais amis avec lui et vu son attitude, je ne le classe pas encore comme un grand champion, raconte le Girondin qui a passé le dernier tour en sa compagnie. Même avec cinq coups d'avance en tête d'un tournoi, il arrive quand même à râler ! Mais c'est très rare de gagner coup sur coup d'aussi gros tournois. Tout marche pour lui en ce moment et son tempérament l'aide sans doute à rester dans le présent. Il est solide !» Et Neil Tappin de poursuivre, sous le charme de son actuel numéro 3 national : «Comme on dit chez nous, he wears his heart on his sleeve (il a le cœur au bord des lèvres, ndlr). Il joue avec passion et se fiche de ce que les gens pensent de lui. Ce qui l'importe, c'est de gagner des tournois et il est de plus en plus apprécié pour cela.»


Avec le retour de la gagne et une place de numéro 1 de la Race encore possible (1,5 million d'euros de retard sur le leader Tommy Fleetwood et quatre tournois à jouer), les critiques se sont évidemment atténuées. Un cas Hatton faisant penser à ce que Victor Dubuisson fait vivre à la France depuis quatre ans, entre talent rare, moments de furie et d'absence, avec cette façon d'être soi-même quoi qu'il en coûte. Si Tyrrell a (mollement) exprimé sa volonté de mieux se comporter en tournois, son père ne fait que conforter la voie furibarde empruntée par son fils : «On ne changera rien, martèle un Jeff forcément pas très objectif, mon fils a le jeu pour gagner en Majeurs. Comme je lui dis depuis qu'il est gosse, tant qu'il n'emmène pas sa colère au prochain tee, ça me va. Sa capacité à rebondir après un mauvais coup est excellente. Je trouve d'ailleurs qu'on ne souligne pas assez cette qualité.»

«Il a surtout en lui un désir immense de victoire» - Thomas Bjørn

Un nouveau Mister Ryder ?

Même si le temps qui passe devrait l'assagir, Tyrrell Hatton ne sera jamais l'exemple cité dans les écoles de golf. Il s'en fiche et préfère laisser ce rôle de chevalier blanc aux Jordan Spieth et Justin Rose. Mais dans un sport qui se dépeuple de ses forts caractères pour laisser place aux gendres idéaux, ses coups de sang royaux ont bien leur place. Surtout en Ryder Cup, là où les forts en gueule comme Ian Poulter y sont devenus des mythes immortels. Très bien parti pour intégrer la team Europe face aux USA en septembre prochain, le descendant de «Mister Ryder» pourrait apporter sa fougue, dans la difficile opération reconquête à mener sur l'Albatros. Interrogé à son sujet, son possible futur capitaine est ravi de l'émergence d'un nouvel atout : «J'aime bien ce joueur, il ne cache jamais ses émotions, nous a dit un Thomas Bjørn en visite à Paris le mois dernier. C'est un fort caractère, plein de courage et de passion. Il a surtout en lui un désir immense de victoire. S'il se qualifie, Tyrrell nous ramènera des points.» Au Golf National, les golden-boys américains seront favoris. Dans cette situation de challenger, une bonne tête de pioche comme Hatton donnerait quoiqu'il arrive du spectacle. «Pour les doubles, je le vois bien jouer avec Sergio Garcia, s'enflamme même son père. Il lui faut un type qui partage cette passion et qui a ce feu intérieur, comme lui !» Et puis quoi de mieux qu'être au milieu de 50000 spectateurs, pour réaliser que l'on n'est finalement pas seul au monde ?

À retrouver dans Journal du Golf n°132

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