Golf Retro 2017

Romain Wattel, mission accomplie !

Le 187e tournoi aura été le bon. Romain Wattel a attendu près de sept saisons au plus haut niveau pour décrocher son premier titre du Tour européen. C'est au KLM open que la délivrance du Français de 26 ans est arrivée. Retour sur une semaine charnière dans la carrière du Parisien.

Golf - Tour Européen -

La saison 2017 n'est pas bonne. Elle est même très compliquée pour Romain Wattel. Le Parisien débarque au KLM Open en plein marasme golfique. Une 24e place comme meilleur résultat, des ribambelles de fonds de tableaux et huit cuts manqués, voilà le visage terne de son année jusque-là. Pourtant Romain tente des choses depuis janvier. Il ressent un profond besoin de changement et se sépare d'Olivier Léglise qui prenait soin de son swing depuis plus de sept ans. «Je sentais que je n'évoluais plus, que je stagnais, précise Romain Wattel. Ma décision de changer n'a jamais été contre Olivier, car c'est vraiment l'un des meilleurs coaches de France. J'ai pesé le pour et le contre et je me suis surtout dit que je ne pouvais pas espérer des résultats différents en procédant toujours de la même façon. Il fallait changer.»

Retour aux fondamentaux avec Frank Schmid son coach historique de Bussy-Saint-Georges. Exit aussi Charles Dubois le copilote qui l'épaulait depuis des mois. Place au très respecté Chris Liley. Le KLM Open n'est que leur deuxième tournoi ensemble et avec l'ex-copilote de Raphaël Jacquelin la mayonnaise prend tranquillement. «On avait démarré à Crans la semaine précédente et ça s'était bien passé malgré le résultat (65e, ndlr), raconte Wattel. Chris a énormément d'expérience, je savais qu'en bossant avec lui, le boulot du caddie au sens très large du terme allait être irréprochable. C'était ce que je cherchais pour ma fin d'année : ne pas avoir à douter une seule seconde de mon copilote.»

Respecter le «lâcher-prise»

En arrivant en Hollande, malgré ce nouvel élément dans l'équipe, le jeu du Français n'est toujours pas au rendez-vous. Mais cette semaine-là, Frank Schmid est au chevet de Wattel : «Il a vite senti que mon golf n'était pas au mieux le mardi, raconte l'élève. Franck a été très bon car on a juste apporté des ajustements très simples qui ont tout changé pendant la semaine. J'avais un petit souci de posture, j'étais un peu trop assis sur les talons, un peu trop droit. On a mis un peu plus d'angles et mon contact, surtout wedges en mains, a très vite retrouvé meilleure mine. Ce n'était pas grand chose, mais ça a été déterminant par la suite.»

La semaine se passe en effet de mieux en mieux au fil des tours. Premier 69 le jeudi dans la tempête. Un score qui fait même dire à son copilote Chris Liley que «quelque chose s'est enclenché dans ces conditions dantesques». Puis 67 et surtout 64 le samedi pour pointer aux avant-postes (2e à un coup d'Aphibarnrat). De loin les trois meilleurs tours consécutifs de Wattel en 2017 avec une réelle chance d'enfin conquérir son premier titre. D'autant que jusque-là Romain respecte à la lettre les consignes de son entourage : «Le maître mot était de lâcher-prise. Que ce soit mon coach ou mon prépa mental, cette notion a été rabâchée très dur pendant le KLM. C'est facile à dire mais tellement compliqué à concrétiser, surtout quand on doute.»

«J'ai dû faire pas mal de passages par la case toilettes...»

Entre sérénité et... W.-C...

Bizarrement, malgré l'enjeu, la nuit du samedi au dimanche est sereine pour le Parisien. «C'était la première fois que je dormais si bien la veille d'un dernier tour en étant aussi bien placé. J'ai dîné le samedi soir avec Damien Perrier, on a beaucoup parlé et quand je suis rentré à ma chambre j'étais crevé. Je me suis écroulé de sommeil. Du coup le matin j'étais frais et reposé.» Mais en arrivant au golf le stress commence à grimper fort... L'échauffement de Wattel n'est pas aussi fluide qu'à son habitude. «Pour être tout à fait franc, j'ai dû faire pas mal de passages par la case toilettes (rires). J'étais très stressé, mais une fois mon échauffement lancé, ça allait mieux. Ce n'était pas le stress d'une première victoire en vue qui me tenaillait. Je n'y pensais pas trop à ce moment de la journée. J'étais surtout stressé par l'envie de réaliser la meilleure journée possible. Je voulais terminer le tournoi aussi proprement que je l'avais commencé.»

Attitude conquérante

Il est 12 h 25 quand Romain Wattel lance son dernier tour en compagnie de Joël Stalter et de Kiradech Aphibarnrat. Et avec trois birdies en six trous, le plus expérimenté des deux tricolores de cette dernière partie montre les crocs. «Toute la semaine j'ai été en délicatesse avec mon driver, se souvient Romain. Du coup je m'efforçais de taper des coups de bois 3 pour poser le jeu. Je savais à l'inverse que mon point fort était le putting et mon attitude. L'idée était donc de me créer le plus d'occasions possibles. Si je gardais en plus une attitude offensive et positive ça allait bien se passer. Mon début de partie est exactement dans ce mouvement-là.»

Première alerte au 8, un par 3 qui le voit concéder un point. «Jusque-là je maîtrisais mon sujet, je jouais très solide, se remémore le Français. Et là je tape un coup horrible. C'était un fer 8 vers un drapeau compliqué, vraiment un sale coup qui me sort très à gauche de la cible. Je me retrouve avec un chip infernal et je prends bogey.» Premier coup d'arrêt, mais Wattel reste calme : «J'ai réussi à me dire qu'une partie de golf c'était aussi des coups manqués. Je ne me suis pas enfermé dans des pensées négatives qui auraient pu me pourrir la fin de partie. Le fait de rapidement refaire un birdie dès le 10 m'a conforté dans cette bonne gestion mentale.» La victoire est toujours possible, même si Aphibarnrat reste devant et que la tension monte d'un cran avec un nouveau bogey au 11. La fin de partie s'annonce très tendue.

Finir le boulot

De son côté de la scène, Chris Liley sent bien que son joueur se crispe de plus en plus à mesure que le retour progresse. «Ça se voyait qu'il était moins à l'aise. J'essayais de provoquer des choses pour le détendre un peu, mais on se découvrait tous les deux dans ces moments d'intense pression, je n'avais pas toutes les clés. Je cherchais avant tout à faire le job le plus précisément possible pour qu'il soit à l'aise sur ses choix.» Lorsque le leader thaïlandais commet sa première grosse erreur (double bogey au 15), le chemin devient un peu moins oppressant. «Pour moi c'était presque Noël avant l'heure vu la situation, lance Romain Wattel. Malgré tout, j'étais encore totalement concentré sur ma partie. Je voulais tellement signer le meilleur score possible sans me préoccuper du résultat final que je n'ai pas perçu cette erreur comme un signe. Je ne voulais pas me laisser influencer par son jeu ou celui de quiconque.»

Même au 18 lorsque Aphibarnrat commet une nouvelle bourde (balle dans l'eau, double bogey encore), Romain ne laisse toujours pas son esprit vagabonder vers ce premier trophée qui lui tend alors vraiment les bras, puisqu'un par est synonyme de succès. Reste un coup de wedge à jouer. Mais les 90 mètres sont bourrés d'émotion et Wattel reste court du green. «Je suis frustré après ce coup, mais je sais que ça fait partie du truc. Je sais qu'une victoire n'est pas donnée et qu'il faut donc faire avec. Je ne me suis autorisé à me dire ''ça y est, on y est presque'' qu'au 18 quand j'avais l'ultime putt à jouer. Avant ça, j'étais en mission et il fallait finir le travail.»

«À la télé, il a l'air tout petit»

Tension, émotion, explosion

C'est à ce moment que le petit plus de son tout nouveau copilote entre en action. Romain hésite sur la ligne du long putt en dehors du green à jouer. «L'émotion du moment me tournait un peu la tête et j'ai appelé Chris pour qu'il confirme mon choix. Il a été marrant parce qu'il m'a décrit de façon ultra précise la ligne. Je lui ai dit un truc comme ''en version simplifiée ça donne quoi ?'' Et il m'a dit ''un pied à gauche''. C'était ce que je voyais aussi et j'ai donc déroulé ma routine en pleine confiance. À ce moment-là, Chris a été déterminant.» Le long putt est idéalement dosé.

Restent 40 centimètres pour enfin passer dans le clan des vainqueurs de tournoi. «Il me paraît assez long ce dernier putt, se remémore Wattel. Pourtant quand je l'ai revu à la télé il a l'air tout petit. Même si à l'entraînement on en rentre des milliers les yeux fermés, limite avec les mains dans le dos, celui-là, il fallait le mettre. J'ai les mains qui tremblent à cet instant. Je respire au mieux, j'évacue le stress comme je peux. Quand le putt rentre, je me dis ''c'est bon, tu peux lâcher.'' J'étais content de partager cette joie avec Chris. Je crois même que je lui ai fait un peu mal au bras en voulant lui taper dans la main. J'étais soulagé d'avoir tenu mentalement dans cette longue journée. J'étais content de finir le boulot de la sorte.»

À retrouver dans Journal du Golf n°131

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