Golf Retro 2017

Alexander Levy, dans l'intimité d'une victoire (2/2)

Alexander Levy a conquis son quatrième tournoi sur le Tour européen lors du Volvo China Open 2017. Peurs, adrénaline, discours intérieurs, moments de doutes, de joie intense et de communion : le Français et son copilote Tom Ayling révèlent l'intérieur exclusif de cette semaine particulière.

Golf - Tour Européen -

Extrême tension, apnée et pulsations maximales

La foule exulte quand le duo Levy-Ayling s'avance vers le green du 18. Un putt pour eagle tend les bras au Varois. Mais la tension du moment est palpable.


Alexander Levy : «Quand j'arrive sur le green, je suis en apnée totale. Ma chance est que Chris Wood (son partenaire du jour) tape dans les tentes bordant le 18 et a besoin d'appeler l'arbitre. Il me donne en quelque sorte le temps de faire redescendre la pression. Mon cœur bat tellement vite... Je bois un maximum d'eau. Je dis à Tom que je suis sous tension maximale.»


Tom Ayling : «Je vois bien qu'Alex n'est pas lui-même, on le sent à sa respiration, à sa difficulté à se calmer. Je lui dis juste que je suis là. Je checke toutes les trente secondes s'il va bien, je lui fais boire de l'eau. Je ne sors pas la petite blague qui va bien, à cet instant je n'ai rien sous la main (rires). Et puis une blague ne lui permettrait pas forcément de fixer son attention sur ce qu'il doit faire pour retrouver un peu de calme. Alex sait ce qu'il a à faire, il a ses exercices de respiration, le truc c'est de l'aider à bien prendre le temps de sorte qu'il prépare correctement sa routine pour le coup suivant.»

«J'ai adoré l'intensité de mon regard» A.Levy

La prolongation : Confort et détermination

Dylan Frittelli n'a pas réussi un ultime birdie qui aurait clos tout débat. Son +2 du jour le pousse en prolongation face à un Alexander Levy qui a posté le deuxième meilleur score de la dernière journée (-5) grâce notamment à un ultime birdie sur le 72e trou.


A. L. : «L'adrénaline est tellement forte entre ce dernier birdie et le début du play-off que je reste dans une certaine zone, celle du confort et de la détermination. J'ai revu les images d'ailleurs et j'ai adoré l'intensité de mon regard. Je suis plutôt décontracté, mais je vois surtout cette intensité pendant le play-off. En plus c'est marrant, mais je dis à Tom que sous cette pression je ne peux que lâcher les chevaux, je ne peux pas retenir les choses.»


T. A. : «Je n'ai pas vraiment besoin ni de le diriger, ni de le calmer à cet instant. Il adore ces moments de combat, de tension, d'adrénaline, il aime faire le show. De toute façon tout le boulot, on l'a fait au long de la semaine. Mon travail c'est de placer Alex dans cette position au 18 le dernier jour. Pour être franc, j'étais serein sur le fait qu'il allait réussir ce coup de fer 3 précis et le birdie qui suivrait sur le 72e trou. À partir de ce moment, quelque chose d'autre prend le relais. Est-ce que c'est la confiance, la répétition de plein de choses avant, la simplicité de l'approche globale, le travail ? Est-ce qu'il se transcende ?...»

Le putt du succès : Comme dans un film

Alexander Levy trouve un bunker de green sur son deuxième coup après un puissant drive pleine piste. Son adversaire manque sa mise en jeu et doit se contenter d'un coup de wedge pour trouver le green en régulation à un bon 6 m du trou.


A. L. : «À la base quand je joue mon troisième coup depuis le bunker, mon idée est de me mettre plus près que lui (Dylan Frittelli, ndlr). Je veux putter en deuxième. Je suis dans la zone des 4 m, je lis bien le putt, je le sens très vite. Je ne pense qu'à une seule chose après avoir vu Frittelli manquer son birdie : taper un bon putt avec la bonne vitesse. C'est un moment où on se crée son propre scénario. Je sais que pas mal des joueurs français sont présents autour du green. J'ai envie de me faire rêver. Et puis pour l'anniversaire de Tom, c'est encore plus beau comme histoire.
Toutes ces choses-là font que la pression de l'instant devient positive. Ça rend ce putt différent des autres. Une fois la balle sortie du putter, à 1,50 m du trou je sais qu'elle a de fortes chances de rentrer. On le voit, je commence déjà à me décaler un peu. Je le mets... Je me suis revu et ce qui m'a frappé c'est de voir mon visage vraiment noir de rage pendant encore quelques secondes après avoir enquillé le putt. Et d'un coup je m'ouvre et je souris. J'étais toujours dans le truc, dans la scène que je m'étais créée. Je ne voyais personne, j'étais seul sur le green. D'un coup je réalise que je l'ai jouée cette scène, que c'est fini. Et la joie m'envahit brusquement. C'était puissant.»

«Quand le putt rentre, je mets un peu de temps à réaliser. J'ai des frissons rien que d'y repenser.» T.Ayling
T. A. : «C'était déjà un anniversaire un peu spécial pour moi. Le matin Alex m'avait envoyé deux textos : un pour me souhaiter bon anniversaire, un autre pour me dire qu'on avait sûrement un truc à faire ce dimanche-là. On peut le traduire comme on veut après coup, mais sur le moment je sentais vraiment une envie commune de passer une belle journée et de prendre le plus de plaisir possible. Il a été au maximum. J'en ai d'ailleurs tellement pris, rien qu'à le regarder taper cet ultime putt.

Je suis au bord du green et c'est sûrement le moment de la journée où j'ai été le plus décontracté. Je sais Alex à l'aise, il est dans son élément. Je me dis qu'il va le mettre. Quand le putt rentre, je mets un peu de temps à réaliser. J'ai des frissons rien que d'y repenser. C'est un moment où on a l'impression que tout s'arrête autour de soi et que seul Alex est en mouvement. J'avais l'impression d'être dans un film. C'est particulier. Mais c'était tellement bon à voir. Et c'était encore plus fort de repartir le soir même pour retrouver ma famille avec le fanion du 18 signé dans le sac.»

La signification : Conforter ses choix

A. L. : «Chaque victoire est particulière, mais celle-là est spéciale dans le sens où je n'étais jamais revenu de l'arrière. Ça me manquait un peu, j'avais du mal à vraiment aller chercher une victoire. J'avais plus de facilités à dominer le truc. Elle a aussi une saveur particulière puisqu'en fin de saison dernière j'avais fait une série de choix (changement d'entraîneur, d'équipementier, etc., ndlr). Dans ces moments-là, on n'a pas la totale certitude que ce sont les bons. Cette victoire est la continuité des années précédentes, du travail, mais avec un nouveau point d'appui me permettant d'identifier puis de régler mes faiblesses. Ce succès est la récompense de ces efforts. Je suis sorti de mon confort, je me suis retrouvé pendant quelques mois à m'entraîner seul (il travaille depuis avec Pete Cowen, ndlr). Je ne dis pas que cette victoire prouve la justesse de mes décisions, mais je pense qu'elle me montre qu'il faut continuer sur cette voie.»

«Ce succès est la récompense de ces efforts. Je suis sorti de mon confort» A.Levy

T. A. : «J'ai tendance à analyser les choses de façon plus globale. Les gens voient seulement cette victoire et c'est normal. Mais de mon côté j'ai surtout vu une réelle continuité dans les efforts qu'on a fournis. La constance du jeu d'Alex sur les semaines qui ont précédé cette victoire explique grandement la construction de cette confiance et de ce résultat. Au-delà de ça, je trouve que ce succès précis est un peu moins dû au hasard que la victoire en Allemagne l'an dernier. Au Porsche Open, Alex était vraiment très performant et s'appuyait sur ses qualités du moment. Au Volvo China c'était une semaine avec un niveau de jeu globalement bon, mais qui n'avait pas besoin d'être exceptionnel. C'est un peu comme si on s'attendait à jouer de cette façon plus régulièrement. Je trouve que c'était plus dans la logique des choses, dans la continuité de la construction. Ça n'enlève aucune valeur aux autres, mais celle-là me donne une impression de victoire totalement professionnelle.»

À retrouver dans Journal du Golf n°127

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