Golf Retro 2017

Alexander Levy, dans l'intimité d'une victoire (1/2)

Alexander Levy a conquis son quatrième tournoi sur le Tour européen lors du Volvo China Open 2017. Peurs, adrénaline, discours intérieurs, moments de doutes, de joie intense et de communion : le Français et son copilote Tom Ayling révèlent l'intérieur exclusif de cette semaine particulière.

Golf - Tour Européen -

L'avant Volvo China : Entre déception et progression

Le Volvo China Open est le troisième tournoi de suite pour Alexander Levy et son copilote Tom Ayling. Après le Trophée Hassan II (34e) et le Shenzen International (8e), le duo arrive à Pékin sur une solide lancée.


Alexander Levy : «J'étais très déçu de ma 8e place au tournoi précédent. C'était à Shenzen sur un parcours que j'adore. J'étais vraiment dégoûté de ne pas avoir réussi à dominer les moments de tension. J'étais à un coup du leader et je n'avais pas réussi à calmer les choses le dimanche. La déception de ne pas avoir saisi ma chance m'a fait dire que j'avais passé un cap. Je n'étais pas content d'avoir joué la gagne ni d'avoir fait un bon top 10. J'étais déçu de moi-même, c'était un signe...»

Tom Ayling : «Pour moi les choses se sont construites sur la durée. On a commencé au Trophée Hassan II, sur un des parcours les plus compliqués de l'année. Il faut amener son top jeu sur ce terrain et on peut vite prendre un coup sur la tête si ce n'est pas le cas. Même si le résultat comptable n'est pas bon, la faute au putting, on a retiré beaucoup de positif de ce tournoi-là. On sentait que le grand jeu était dans une bonne dynamique. La 8e place à Shenzen a confirmé les choses, c'est certain. On a continué l'entraînement qualitatif en arrivant au Volvo. On a fait un peu de wedging qui allait être mis à contribution sur ce parcours-là. Je n'ai pas eu le sentiment que, du jour au lendemain, un déclic s'est produit. C'était davantage une progression, une continuité dans le travail. Ça a payé là, ça aurait pu payer plus tard...»

Le moment pivot : Péter les plombs ou avancer

Un premier 63 (-9) vierge du moindre bogey lance idéalement ce tournoi déjà empoché par Alexander Levy en 2014. Mais un deuxième tour moins inspiré (70) annonce un samedi plus délicat qui peut tout faire basculer.


A. L. : «On n'avait pas la victoire en tête après deux journées et ce 63 du premier tour. On cherchait à continuer dans ce bon sens-là. Et le meilleur exemple, c'est le double bogey au matin du 3e tour. À ce moment précis j'avais deux choix : péter les plombs devant ce premier coup franchement raté du tournoi, ou accepter. C'était un coup de fer un peu tordu avec un vent contre droite/gauche, un lie en montée, il ne fallait pas qu'elle parte trop haut. C'était délicat, j'ai tapé un mauvais coup, voilà tout... Je me suis dit : “OK, continue à faire les choses dans le même sens, ça va forcément passer à un moment. Si ce n'est pas cette semaine, ce sera une autre. Et puis tu n'es pas venu en Chine pour faire n'importe quoi non plus.”
C'est ma volonté plus globale de jouer tous les tours comme si le tournoi ne se terminait jamais qui m'a aidé à passer ce moment. Je joue chaque coup comme s'il y allait toujours en avoir un autre après. Je ne travaillais pas seulement pour ce tournoi précis d'ailleurs, mais pour Wentworth, la suite de la saison, etc. À partir de là, je n'ai rien dit, je suis passé au trou d'après. Assez rapidement j'ai senti que les choses se remettaient en place, j'ai refait des birdies. Là, j'ai senti que j'avais progressé. Le résultat n'avait pas influencé ma manière de jouer. Dans ces moments-là on ne gagne peut-être pas le tournoi, mais on ne le perd pas.»


«Dans ces moments-là on ne gagne peut-être pas le tournoi, mais on ne le perd pas.» A.Levy

T. A. : «Cette journée de samedi m'a davantage plu dans son côté bataille que le -9 du premier jour. Quand Alex joue bien, ce n'est pas plus facile loin de là, mais dans un sens il ne se passe rien, il survole son sujet de façon globale. C'est quand il y a un peu de confrontation, de moments délicats qu'on voit vraiment ce que peut produire le joueur. C'est là que le caractère d'Alex se montre pleinement. Je suis convaincu qu'il parvient de mieux en mieux à faire parler sa trempe dans ce genre de difficultés. Désormais il est plus calme, posé, il a l'expérience et ça se sent. Je n'ai pas eu besoin de dire grand-chose d'ailleurs. On est arrivés au départ d'après, on a dû se dire “continuons à faire de bonnes choses”. Alex se parle souvent à haute voix, il a une sorte d'autodiscours. J'ai dû me raccrocher à un de ses mots. Mais je ne le sentais pas énervé. Vexé oui, mais pas énervé.»

4 Et de quatre titres pour Alexander Levy sur le Tour européen. Le Varois a remporté deux fois le Volvo China Open (2014 et 2017), le Portugal Masters (2014) et le Porsche European Open (2016).

Dimanche de conquête : Saisir sa chance

Sept coups. Voilà l'écart que Dylan Frittelli, un Sud-Africain issu du Challenge Tour et vierge du moindre trophée, a creusé sur Alexander Levy. Mais dans une ultime journée venteuse, le Topwin Golf & Country Club va rebattre les cartes.


A. L. : «Le dimanche matin, la victoire n'est absolument pas dans mon esprit. Je suis à sept points de la tête, l'idée c'est avant tout de faire une bonne partie. Mais à partir de mon birdie du 11, je crois que j'ai quelque chose comme quatre ou cinq points de retard. Je me dis que quelque chose est peut-être possible vu la configuration de la fin du parcours. Il y a quelques trous compliqués, mais aussi des par 5. C'est au 15 après un bon coup de rescue déposé près du green, que je vois le leaderboard : je n'ai plus que deux coups de retard.
Là, je me dis que j'ai une chance à saisir. Je mets mon chip presque donné pour birdie. À partir de là, avec le vent qui soufflait, la tension d'une potentielle première victoire
(pour Dylan Frittelli, ndlr), j'ai joué pour gagner. Je le dis même à Tom : “il faut qu'on y aille fort sur les trois derniers.” Mais je n'ai pas pour autant surjoué. Ma stratégie n'a pas été bouleversée du fait de ma position.»


T. A. : «Quand on voit le leaderboard au 15, on ne peut pas se mentir. On en parle, on est conscients de l'enjeu. À l'intérieur, on est bouillants c'est évident, on a la rage. Alex le montre plus que moi, mais au risque de paraître ennuyeux, il nous fallait juste continuer à jouer de la même façon, à échanger de la même façon. Ça ne veut pas dire non plus qu'on ne pouvait pas s'amuser. Et ce deuxième coup du 18 c'était du pur plaisir, même de mon côté.»


Le fer 3 au 18 : Entre peur et shoot d'adrénaline

Après un nouveau drive plein fairway, Alexander Levy est en position idéale pour enfoncer le clou au 18. Reste un solide deuxième coup pour attraper ce par 5 en deux et forcer la porte d'une probable prolongation, même si Frittelli est encore quelques trous derrière le Français.


A. L. : «Sur ce coup, j'ai une distance parfaite pour mon fer 3. Je dois avoir 211 m au drapeau, vent contre de la gauche avec un drapeau au fond à droite du green. La configuration est dans le bon sens de ce point de vue là. En plus je suis dans la position du chasseur, je sais qu'un birdie m'offre une grande chance de play-off. C'est une situation qui me fait bander pour être franc et un poil vulgaire (sic) (rires). Je me suis fait kiffer à fond dans ce shot !
Bien sûr j'ai peur de faire un mauvais coup, mais à partir du moment où je suis conscient de cette peur et de l'adrénaline du moment, je mets en route les techniques qui me permettent de dominer malgré tout le coup. Je sais que sous adrénaline, j'ai tendance à accélérer le rythme. Donc je me dis : “Alex, prends le temps de faire une belle montée, tu te retournes dans la balle et tu mets tout ce que tu peux.” J'ai dû faire cinq ou six coups d'essais en sentant ce que je voulais faire, et j'ai reproduit cette sensation. Ça aurait pu ne pas passer, mais ça l'a fait. On s'entraîne pour ce genre de coups, pour ces moments de grosse pression. C'est pour s'y confronter qu'on se donne autant à l'entraînement.»


À suivre...

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