Bien-être

Le jeûne : bon ou mauvais pour la santé ?

Jeûne par-ci, jeûne par là... Jeûner est devenu "tendance". Mais est-ce que c'est bon pour la santé ? Les réponses du médecin du sport Franck Fontvielle et du diététicien David Rebot.

Tous sports - Bien-être - Le jeûne hydrique. (photo Shutterstock)

Le jeûne hydrique. (photo Shutterstock)

Tout le monde jeûne. Naturellement. Entre le repas du soir et le petit-déjeuner du lendemain. Mais ce qui est devenu "tendance", c'est le fait de jeûner volontairement. Le médecin Franck Fontvielle distingue 3 catégories : faire du sport à jeun, le jeûne intermittent et la cure de jeûne.

Faire du sport à jeun

« Quand on fait une activité physique, les muscles vont puiser leur énergie dans le sucre. La réserve en sucres va s'épuiser assez rapidement. Les muscles, pour fonctionner, vont aller chercher leur carburant dans les lipides, donc les graisses. L'avantage : on va plus rapidement brûler les réserves en graisse, explique Franck Fontvielle, médecin du sport.

Ça va aussi augmenter le métabolisme musculaire, entraîner un pic de testostérone, permettre une augmentation du volume musculaire, de la VO2 Max, et améliorer l'absorption du repas après le sport. Dans la demi-heure qui suit l'effort, il faut que les réserves en termes de protéines et de glucides soient reconstituées. »

Combien d'entraînements peut-on faire ? 
« A jeun, un à deux par semaine, c'est largement suffisant, en variant le type d'activités : soit plutôt des exercices en résistance de type HIIT ou cross training, soit des disciplines où l'on va avoir une fréquence cardiaque beaucoup plus basse, comme le vélo ou la course à pied. Je préfère que l'on privilégie la course à pied au vélo, on n'est jamais à l'abri d'une hypoglycémie et d'une chute, suite à un petit malaise. »

Le jeûne intermittent

« On va alterner des périodes de jeûne complet (les gens continuent à boire, c'est un jeûne hydrique), avec des périodes de prise alimentaire sur 24 heures. Le plus adapté, c'est le jeûne intermittent 16/8 : on va jeûner pendant 16 heures et on peut s'alimenter sur 8 heures. En général, les gens terminent leur dernier repas à 20 heures et reprennent une alimentation le lendemain, aux environs de midi. Je conseille de le faire une journée par semaine pour essayer, et je recommande plutôt le vendredi, ce qui permet de se purger des écarts de la semaine et de bien préparer le week-end. Ensuite, on peut le faire jusqu'à 4 fois par semaine. »

Pendant un jeûne intermittent, il ne faut pas manger n'importe quoi. (Photo Shutterstock)
Pendant un jeûne intermittent, il ne faut pas manger n'importe quoi. (Photo Shutterstock)

Mais attention, il ne faut pas manger n'importe quoi. « Je recommande toujours un régime alimentaire riche en légumes cuits, en fruits, une viande blanche maigre, un poisson ou des oeufs, peu de laitages, pas de sucre, pas de pâtisserie, et surtout une hydratation importante avec des eaux plutôt minéralisées. »
Les bénéfices ? « Une régulation du poids et une réduction du stress oxydatif, ce qui permet de diminuer un certain nombre de risques au niveau cardiovasculaire. Ça diminue aussi l'inflammation, voilà pourquoi pas mal de sportifs l'utilisent : ça permet de diminuer toutes les toxines au niveau musculaire ; avant une grosse épreuve sportive, ça peut être intéressant de faire une période de jeûne intermittent sur un mois, par exemple. »

Les cures de jeûne

«C'est à la mode en ce moment et c'est peut-être le plus dur : les cures de jeûne (si l'on consomme des jus de fruits ou de légumes, on n'est plus dans le jeûne en tant que tel). »

Quels sont les bienfaits recherchés ? « Il y a la partie corps et la partie esprit. Au niveau du corps, on fait à la fois une détoxification et une détoxination de l'organisme, ce qui participe à améliorer les douleurs chroniques du type arthrose, mais aussi le sommeil. 

Et on a une vraie perte de poids, due à la période de jeûne, évidemment, mais aussi au fait que les gens vont modifier leur vision de l'alimentation ; c'est bien souvent le moment de revoir ce qui peut clocher au quotidien, en diminuant tout ce qui est sucres et graisses : tout ça va prévenir les maladies cardio-vasculaires et ostéo-articulaires, du type arthrite par exemple. Pendant ces cures, il y a aussi une période d'activité physique qui est proposée. Pour ce qui est de l'esprit, il ne faut pas tomber dans le système sectaire, bien évidemment ; on va demander aux gens de méditer, de faire un retour sur eux-mêmes, de prendre un peu de recul par rapport à la vie. Pour les personnes qui sont à la limite du burn-out, ça peut être l'occasion de faire un break.

Toute personne en bonne santé, qui n'a pas de problème particulier, peut se permettre de jeûner jusqu'à 15 jours sans trop de difficultés, et sans danger. Mais ce jeûne doit être surveillé : il ne s'agit pas de faire ça tout seul dans son coin, parlez-en au moins à quelqu'un de votre entourage, au cas où il y aurait un malaise ou une chute par exemple. » 

Contre-indications : les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants ou les personnes avec un IMC (indice de masse corporelle) inférieur à 17. C'est aussi une période de sevrage (alcool, tabac, drogue), il faut le savoir. Si l'on a un cancer ou du diabète, il faut demander un avis médical.

A ce sujet, une cure de jeûne, ça se prépare : « on ne va pas faire ça du jour au lendemain, ça peut être dangereux. Il faut aller voir son médecin, au moins pour vérifier qu'il n'y ait pas de problème cardio-vasculaire, pas d'infection. En un mot, que la personne ne soit pas malade. 

Je recommande au départ de se limiter sur une semaine, une à deux fois par an, lors des gros changements de saison, c'est-à-dire soit au début de l'automne, soit au début du printemps. »

L'avis du diététicien

«Je pense que c'est juste un effet de mode. Il faut vraiment que le jeûne soit contrôlé. Je ne l'ai jamais fait avec mes clients parce que ce n'est pas très bon pour le corps, on va se mettre en carence, explique le diététicien David Rebot. Le corps va avoir besoin de protéines, de lipides et de glucides pour pouvoir fonctionner normalement. Si on n'en a pas, ça va stresser le corps et c'est le muscle qui sera le premier à en pâtir. Au lieu de perdre de la masse grasse, on va perdre de la masse maigre. Enfin, il peut aussi y avoir un risque de dénutrition. Pour mincir, je propose de réduire les quantités pour être au minimum de calories par jour par rapport à la dépense énergétique. On va essayer de descendre au début à 1800 calories environ (contre 2000, qui est la moyenne journalière), et si on continue à perdre du poids, on descendra encore, mais toujours très progressivement. On va essayer, aussi, de jouer sur la qualité des produits et faire de l'exercice. C'est un équilibre à trouver : activité physique, bonne alimentation, bonne hygiène de vie (bien dormir, ne pas être trop stressé). »      
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