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Marie Dorin arrêtera sa carrière à la fin de la saison : «Je ne suis pas au niveau»

La quintuple championne du monde de biathlon ne souhaite pas aller aux Jeux de Pyeongchang si elle ne doit pas courir. Elle annonce par ailleurs la fin de sa carrière à la fin de la saison.

Biathlon - JO - Marie Dorin prendra sa retraite à la fin de la saison. (R.Martin/L'Equipe)

Marie Dorin prendra sa retraite à la fin de la saison. (R.Martin/L'Equipe)

Enchaînant les contre-performances, Marie Dorin (31 ans) a été laissée au repos depuis la semaine dernière. Elle jouera son va-tout pour les Jeux la semaine prochaine à Antersleva. Mais si elle semble assurée d'être sélectionnée pour Pyeongchang (9-25 février), sa place de titulaire est loin d'être certaine...

«Comment vous sentez-vous ?

Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas connu de telles contre-performances que je ne sais plus trop où j'en suis et ce qu'il faut faire pour aller mieux. Je suis dans cet état-là depuis fin octobre et sans amélioration. Je n'ai pas vraiment d'avis et je ne sais pas si ça peut revenir. J'ai l'impression que ça ne reviendra pas avant une période de pause d'au moins un mois et demi ou deux mois.
 

Ça dure visiblement. Je ne vois pas pourquoi je serai mieux. Je me suis peut-être voilée la face sur mes réelles sensations et l'état de forme du moment en me disant que ce n'était pas maintenant qu'il fallait être en forme alors qu'en fait il fallait quand même montrer des choses et se sentir en forme...Il faut voir la réalité en face, je ne suis pas au niveau. Je ne me sens pas capable d'assurer un rang comme j'ai pu le faire l'an passé. Exceptée l'année où je me suis blessée ou celle où je suis revenue de grossesse, je ne suis pas sortie du top 10 du général depuis 2010. J'en suis tellement loin que j'ai perdu tout repère et je ne sais pas ce qu'il faut que je fasse pour aller mieux ni si j'en suis vraiment capable. On perd vite confiance en soi dans ces périodes.

«Je ne pensais pas tomber si bas d'une année à l'autre»

Actuellement, votre sélection comme titulaire pour les Jeux n'est pas assurée...

Je me pose la question d'y être. Je n'imaginais pas être dans cette situation-là. Je ne sais pas ce qu'ils vont décider. Personnellement, actuellement, je ne me sens pas capable d'être alignée sur une course. Même si j'en ai très envie. Je n'ai absolument pas le niveau de l'être. J'ai perdu tous mes moyens et ça m'affecte psychologiquement. J'ai du mal aussi face aux cibles à retrouver de l'exigence et un détachement qui me permettent d'aller chercher un résultat. J'ai l'impression que c'est plutôt le processus inverse. Je ne suis pas dans une spirale positive. Je ne vois pas la vie en noir mais c'est juste une période difficile à vivre. On est des compétiteurs, on aime la performance, on est là pour ça et je ne pensais pas tomber si bas d'une année à l'autre. Le pire scénario que j'imaginais, c'était de ne pas faire le relais mixte aux Jeux. Ce n'est pas ce qui se produit.

Vous vous imaginez remplaçante aux Jeux ?

Je l'avais dit à l'ensemble du groupe en octobre à Oberhof, je ne partirai pas cinq semaines loin d'Adèle (sa fille) pour ne pas courir. Ce n'est pas de l'antijeu. Je suis à un stade de ma carrière où je ne vais pas partir loin de ma fille pour être remplaçante aux JO. Ce serait mieux de faire découvrir ça à une petite jeune qui serait contente de vivre les choses à fond plutôt qu'à une vieille qui va grincher parce qu'elle s'emmerde. Là, je m'emmerde clairement. Là je vais passer trois semaines à faire zéro course, je ne vais pas le refaire à Pyeongchang. C'est quelque chose qui a toujours été clair dans ma tête et je l'ai répété la semaine dernière.

Votre décision est définitive ?

Tout est envisageable. Je peux revenir une semaine s'ils ont besoin d'une remplaçante sur le relais mais je n'ai pas envisagé ça. Je ne dis pas un non définitif car j'ai bénéficié d'un système pendant des années et il y a toujours eu une remplaçante. Je ne le ferai pas avec plaisir d'être remplaçante pour une course. Ma question, c'est que je ne suis pas sûre que ce soit bien pour l'équipe. Il y a tout un contexte de performance. Avoir quelqu'un qui se force à rester neutre et être content pour les autres, ce serait difficile pour moi d'être là-bas, de ne pas courir puis d'essayer quand même de voir le positif. Je souhaite le meilleur à cette équipe. C'est une histoire d'orgueil, je le sais. Mais je pense que ce serait plus bénéfique pour le groupe d'avoir quelqu'un qui est content d'être là, qui est avide d'apprendre et participe à la performance, plutôt que quelqu'un qui se morfond un peu.

«Soit j'arrête sur Antholz et je passe sur autre chose. Soit je me prépare pour mars s'ils veulent encore de moi dans l'équipe»

Mais tout n'est pas fini : vous pouvez aller décrocher votre qualification la semaine prochaine à Antholz...

J'ai Antholz pour tirer encore mon épingle du jeu. Ce qui ne m'avantage pas, c'est que c'est en altitude et au vu de mes sensations, ça ne va pas m'être bénéfique. Mais je n'ai pas le choix et un moment il faut prendre le taureau par les cornes. Je vais jouer ma carte à fond. Si ça fait, j'envisagerai la suite. Si ça ne le fait pas, j'aurai plusieurs solutions.

C'est-à-dire ? 

Soit j'arrête sur Antholz et je passe sur autre chose. Soit je me prépare pour mars s'ils veulent encore de moi dans l'équipe. L'objectif sera de retrouver du plaisir car pour l'instant il n'y en a pas beaucoup. J'ai toujours l'espoir puisqu'il reste trois semaines jusqu'aux Jeux. Je ne me ferme pas de portes mais j'ai trop peur de subir une déception un peu cuisante comme depuis le début de la saison. Je me protège un peu.

«La décision d'arrêter, je l'avais prise avant cette saison»

Vous allez arrêter votre carrière à la fin de la saison ?

Dans l'état actuel, je ne me fais plus plaisir dans ma discipline. Le sport de haut niveau, c'est de la performance. J'adore le sport, je ne suis pas aigrie. On va tellement loin dans la douleur qu'un moment tu ne peux pas courir trois courses dans la semaine et éprouver trois fois des sensations horribles. Quand on a connu un niveau correct avant, on ne peut pas accepter ces contre-performances répétées sans avoir d'amélioration. Et je sais aussi qu'à la maison, j'ai des choses qui me font plaisir.


La décision d'arrêter, je l'avais prise avant cette saison. Je ne voulais pas l'annoncer aux médias. Je ne me fermai pas la porte au cas où je fasse une belle année et du coup que je veuille refaire une saison. Après ce que je vis actuellement, je n'arriverai pas à rebondir. Il y a d'autres choses qui m'attendent à la maison et je n'aurai pas les ressources nécessaires. Il m'aurait fallu vraiment de très bons résultats pour rebondir et me remobiliser pour une saison et à trouver de la légitimité pour ma famille. J'aimerais arrêter en mars. Ça serait pour avoir une fin d'histoire avec l'équipe. Si j'arrête en janvier,  j'arrêterais sur une énorme déception et un mauvais souvenir. Tout est envisageable. Après dans deux ans, je ne m'en souviendrai plus...»

 

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