Bodyboard

Amaury Lavernhe : «C'est leur comportement que je veux sanctionner»

Le Français Amaury Lavernhe, double champion du monde de bodyboard, revient avec nous sur son retour à la compétition à Arica (Chili) après huit mois d'arrêt. Il explique aussi son récent « coup de gueule » prononcé sur ses réseaux sociaux.

Surf - Frédéric Le Ruyet - Amaury Lavernhe a retrouvé le plaisir des compétitions.  (Shutterstock/D.R)

Amaury Lavernhe a retrouvé le plaisir des compétitions.  (Shutterstock/D.R)

« Comment vous sentez-vous après votre année de « break » familial de 2017 ? 
C'était plutôt un demi-break, j'ai fait l'impasse sur trois compétitions en 2017, et principalement celle d'Arica pour la naissance de ma fille. Lors du dernier mois de grossesse de ma femme, je n'avais aucune envie de partir de chez moi. J'ai donc vécu plusieurs semaines loin de la pression des compétitions et du titre mondial. Tout ça m'a fait beaucoup de bien.

Comment avez-vous vécu votre retour à la compétition lors de l'Arica Bodyboard Culture, (4-13 juin 2018) ? 
J'étais impatient que le Tour reprenne. J'avais hâte de retrouver une certaine routine de sportif, penser à moi et surfer le maximum possible après huit mois sans avoir fait de compétition. L'APB prend un nouveau tournant en 2018 avec un nouveau format de compétition, et un nouveau calendrier avec quelques nouvelles étapes, dont l'Australie en août. Cela fait maintenant douze ans que je suis sur le World Tour et je n'ai jamais surfé le même format de compétition deux années consécutives. Ça change en permanence. Le but est de trouver le meilleur format pour plaire au public, aux médias et aux riders.

Que pensez-vous de ce nouveau format ?
Cette année, le format fait en sorte qu'on peut surfer trois fois sans se faire éliminer. Ensuite, sont retenues les trois meilleures vagues que chaque bodyboardeur a pu prendre lors des trois premières séries, et ils font un total de scores pour établir un classement, appelé « leaderboard ». A Arica, il y a quelques jours, c'est moi qui ai obtenu le meilleur score au terme des trois premières séries. Par la suite, les 16 bodyboardeurs les plus constants, donc qui ont obtenu les meilleurs scores, vont en « man on man », l'un contre l'autre. On passe alors à l'élimination directe. Du coup, sur les trois premiers tours, tu ne te bats pas vraiment contre l'autre. Tu essaies simplement de faire le meilleur score. Ça change l'état d'esprit, et ça me plait.

Quelles ont été vos sensations dans l'eau ? 
Arica est l'une de mes vagues préférées sur le Tour. J'ai donc repris mes marques facilement, mais le niveau des gars est incroyable, surtout en termes de constance dans les séries. J'ai le sentiment d'être à mon meilleur niveau technique ces derniers mois. Pourtant, je me suis rendu compte que j'avais encore beaucoup de travail.

Pas trop frustré de votre élimination prématurée ?
Malheureusement, je suis passé à côté de ma série contre le Brésilien Eder Luciano. Les conditions étaient difficiles, ça bougeait beaucoup. Ensuite, je me suis un peu mordu les doigts en regardant la compétition. Les vagues sont vraiment devenues bonnes, ça m'a même énervé (rires) ! Avec du recul, cet instant d'énervement est ensuite devenu un moment d'inspiration. Voir ces gars-là avec un tel niveau, replaquer de telles manoeuvres, c'était beau à voir. A 32 ans, je suis un des plus anciens sur le Tour. C'est normal que les jeunes déchirent, il faut juste que je m'accroche !

Tanner McDaniel a de nouveau impressionné en réalisant un 20/20 en finale contre Pierre-Louis Costes. Qu'en avez-vous pensé ? 
Il fait partie de la catégorie « prodiges » avec les Pierre-Louis Costes ou Jake Stone. Ce sont des personnes qui ont beaucoup de facilités. Je n'ai pas été surpris du résultat. De voir Pierre-Louis en finale, c'est normal. Il est au-dessus du lot techniquement. De son côté, Tanner McDaniel est déjà un rideur très complet et polyvalent, inspiré par Mike Stewart et habitué aux conditions d'Hawaii. Sa jeunesse parle pour lui, et quand il parvient à replaquer ses manoeuvres, ça donne des 20/20 comme lors de cette finale, la première qu'il disputait.

Tanner McDaniel célèbre sa victoire à Arica.  (APB Tour/D.R)
Tanner McDaniel célèbre sa victoire à Arica.  (APB Tour/D.R)

Cette notation a créé une petite polémique sur les réseaux sociaux. Polémique que je n'ai pas vraiment suivie. J'ai vu tout ça en live, et le niveau était tel que je n'aurai pas aimé être à la place des juges. Pierre-Louis a reconnu que Tanner avait réalisé une meilleure compétition que lui dans son ensemble. C'est une belle récompense pour lui. Je les ai soutenus tous les deux pendant la finale, j'avais même plus de voix à la fin ! C'est le genre de rideurs qui m'inspirent.

Vous êtes arrivé au Brésil pour la prochaine compétition APB. Quels sont vos objectifs ? 
Je suis arrivé avec ma famille. Cela faisait déjà trois semaines que j'étais sur la route, et passer encore deux semaines sans eux, je ne l'envisageai pas. J'ai besoin que l'on soit ensemble, et l'endroit là-bas s'y prête vraiment avec la plage et une maison au bord de l'eau, proche de la compétition. Ça n'a pas de prix de pouvoir vivre ça. Mes enfants grandissent et je n'ai pas envie de rater ces moments à cause des voyages. Il faut savoir être conscient du temps qui passe et profiter de l'instant présent. Niveau compétition, j'y vais en étant très motivé. Je vais prendre étape par étape car on va surfer sur un beachbreak assez aléatoire. J'y serai concentré, et vais tenter de me réveiller un peu !

Votre actualité, c'est aussi votre « coup de gueule » sur votre page Facebook suite au retour d'une marque, Agent Eighteen, dans le milieu du bodyboard. Pouvez-vous expliquer le contexte de votre réaction ? 
Agent Eighteen est une marque australienne de combinaisons qui produit du matériel de très bonne qualité, car créée par des connaisseurs. Je suis rentré dans leur team il y a plusieurs années. Au départ, j'étais très emballé. Pour un Européen, faire partie d'un team australien, c'est quelque chose d'important. J'ai passé des moments forts avec les gars de là-bas. On a surfé et découvert des endroits incroyables en Australie. J'ai signé deux contrats de deux ans avec eux. En 2014, je leur apporte un titre mondial, mon deuxième. Ils ont ensuite trouvé un distributeur en Europe, qui est rapidement sorti de la circulation. Au final, je n'ai jamais touché d'argent de leur part, malgré mon investissement et les contrats signés. Entre 2015 et 2016, je n'ai eu aucune nouvelle de leur part, et la marque a, à son tour, disparu. Je n'ai pas pu leur faire de procès car cela engendre des sommes colossales. Mais je ne les ai pas oubliés.

Il y a trois mois, sur Instagram, je vois passer un post qui annonce le retour d'Agent Eighteen. Et c'est la même personne qui relance le business, ni vu ni connu. J'ai donc tenté de rentrer de nouveau en contact avec eux en leur disant que cette manière de faire, ce n'est pas possible. Qu'en Australie, ça marcherait peut-être, mais qu'en Europe, je n'allais pas leur faire de la bonne publicité. Ils m'ont bloqué sur tous les réseaux sociaux dans la foulée.

Quel message souhaitez-vous faire passer ?
J'avoue qu'en voyant ça, j'ai vu un peu rouge. En Europe, certains commençaient à importer de nouveau la marque. Comme je les connais, je les ai mis au courant de l'affaire. Tout est une histoire de communication. S'ils m'avaient dit « Amaury, on ne peut pas te payer », j'aurais tenté de comprendre, mais ne pas me répondre et me bloquer, ça ne passe pas. Donc j'ai fait cette publication sur Facebook. Aujourd'hui, je travaille avec une autre marque australienne, Reeflex, qui fait des très bonnes combinaisons et avec qui ça se passe bien, donc je suis content. Avant j'étais athlète à temps plein et célibataire. Mais maintenant, j'ai une famille, deux enfants, beaucoup de dépenses avec mes projets professionnels et personnels. J'ai aussi souvent le sentiment de ne pas être payé à hauteur de mes sacrifices. Donc quand une marque me doit 5000 euros, je ne passerai pas à côté. Pour beaucoup de sportifs français, c'est une somme infime, pour d'autres, c'est énorme. Le monde du bodyboard est dur, je ne vais rien lâcher. Je leur ai dit que je me battrai jusqu'au bout pour récupérer cet argent. C'est un peu parti en live ensuite, mais c'est ce que je voulais. Au-delà de l'argent, c'est leur comportement que je veux sanctionner. »

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