Snowboard

Julien «Pica» Herry, portrait d'un «gars de là-haut»

Julien Herry, dit «Pica», est un guide reconnu de la vallée de l'Arve. Mais il ne passe pas pour autant ses hivers sur la Vallée Blanche. Le Chamoniard est un snowboardeur extrême et un alpiniste de haut niveau. Itinéraire d'un «gars de là-haut», un rider/alpiniste qui a ça dans le sang.

Snowboard - Snowboard - Julien Herry, un rider/alpiniste qui vit au rythme de ses expéditions et de sa famille. (Bernhard Ritzer/D.R)

Julien Herry, un rider/alpiniste qui vit au rythme de ses expéditions et de sa famille. (Bernhard Ritzer/D.R)

Avec Julien, vous pourrez tourner autour du pot quinze fois. Ce qu'il aime là-haut, c'est avant tout être là-haut. Le raide ? Oui, tant que c'est esthétique, que ça a du sens. L'adrénaline ? Oui, bien sûr, ça joue. Des premières ? C'est toujours bon à prendre. L'engagement ? Ça pimente un peu le jeu, tant que c'est maitrisé. « Mais bon... » Alors quoi ? « Alors juste être là-haut. » Ok.

Alors pourquoi cette fascination pour la haute montagne ? Pour comprendre cela, il faut remettre les choses dans leur contexte. Julien Herry est un gars de Chamonix. « Born and rise » au pied du Mont-Blanc, petit-fils de guide, fils d'un médecin de la grande institution locale, l'Ecole nationale de ski et d'alpinisme. Julien a la montagne dans le sang. Et les lignées de montagnards chamoniards ne s'éteignent pas si facilement.

Belle ambiance pendant la première descente du couloir sud-ouest des Deux Aigles... En compagnie de Davide Capozzi en mars 2013. (Davide Capozzi/D.R)
Belle ambiance pendant la première descente du couloir sud-ouest des Deux Aigles... En compagnie de Davide Capozzi en mars 2013. (Davide Capozzi/D.R)

D'autant que le jeune homme, aux traits aussi fins que les Aiguilles de Chamonix, est volontaire. Compétiteur en ski nordique, il pose très jeune les fondations de son physique de montagnard. Julien a la caisse, il avancera vite en montagne. Puis il se met à grimper, et pose ses doigts martyrisés par la résine sur les murs du circuit régional de compétition. Julien a la technique, il peut rêver aux projets les plus audacieux. Le ski et le snowboard ? Il baigne dedans, il en a fait toute sa jeunesse. « Y a plus qu'à... »

Restait à faire ses gammes. Il passe le monitorat de ski, il faut bien manger. Il passe le guide, et ça, ça ne se questionnait même pas. Le voilà alpiniste accompli, avec la montagne à portée de main. Alors, une fois n'est pas coutume, direction les massifs éloignés. Il ajoute une des plus belles lignes à son CV de montagnard en 2007, en signant la 3e ascension en style alpin du Latok III (6 949m), une des plus belles faces de l'Himalaya, après cinq journées exigeantes, et engagées, dans la montagne pakistanaise, en compagnie de Roch Malnuit. « Summit » et retour à la maison : Pica Herry a maintenant un surnom qui se murmure au-delà de la vallée de Chamonix.

En route vers l'arête Sud Ouest du Latok 3 (6 950m) au Pakistan. Cinq jours d'escalade seront nécessaires pour parvenir au sommet ici en compagnie de Roch Malnuit en septembre 2007. (Roch Malnuit/D.R)
En route vers l'arête Sud Ouest du Latok 3 (6 950m) au Pakistan. Cinq jours d'escalade seront nécessaires pour parvenir au sommet ici en compagnie de Roch Malnuit en septembre 2007. (Roch Malnuit/D.R)

D'expéditions lointaines en premières à skis dans le massif du Mont-Blanc, le jeune guide poursuit son itinéraire. Et il se plait à pimenter un peu le jeu. S'il a toujours pratiqué le snowboard, c'est en 2010 qu'il décide de s'y consacrer pleinement aux côtés de la marque Jones. Et il ne fait pas les choses à moitié : persuadé de la légitimité technique de rider dans les deux sens, Julien Herry fait de la descente en « switch » sa marque de fabrique. A l'aise autant en gooffy qu'en regular, il virevolte, à sa manière, dans les pentes les plus raides. « Parfois je trouve ça farfelu, parfois je me dis que c'est vraiment utile. » Il faut savoir vivre avec ses contradictions.

Julien Herry ici sur l'arête sommitale de la Grande Rocheuse (4 100m) avant la première descente de la voie originale, 150 ans après la première ascension de cet itinéraire... En compagnie de Davide Capozzi, Lambert Galli et Denis Trento en mars 2016. (Lambert Galli/D.R)
Julien Herry ici sur l'arête sommitale de la Grande Rocheuse (4 100m) avant la première descente de la voie originale, 150 ans après la première ascension de cet itinéraire... En compagnie de Davide Capozzi, Lambert Galli et Denis Trento en mars 2016. (Lambert Galli/D.R)

Pourquoi le snowboard ? « Car j'ai aujourd'hui une famille et que les expéditions lointaines et les grands projets en haute montagne sont devenus moins compatibles avec les impératifs du quotidien », explique le guide. Son mode opératoire ? « Penser le snowboard en suivant mes envies d'alpiniste. J'ai la sensation qu'en snow, j'arrive à trouver en une journée en montagne tout ce dont j'ai besoin en termes de défi, de plaisir et d'adrénaline. » Il participe à des vidéos, et guide les meilleurs, comme pour ce film de Sam Favret, Waking Dream (film présenté lors du festival Montagne en Scène), où ses performances aux côtés du célèbre freerideur crèvent l'écran.

Waking Dream - Official Trailer from Favret Sam on Vimeo.

De la compétition en snowboard, Julien ne veut pas en attendre parler. « A mon sens, ce n'est pas une discipline qui prend toute sa dimension en compétition. Je n'ai rien contre le Freeride World Tour, par exemple, mais ce n'est pas là que vous verrez les plus belles lignes. On ne décide pas quand on fait de la haute performance en dehors des piquets. Ce sont les conditions, la montagne en somme, qui font la loi », affirme le snowboardeur.

Raide traversée pendant la première descente de la voie originale de la face Nord du Pain de sucre. En compagnie de Davide capozzi et Francesco Civra Dano en mai 2015. (Davide Cappozzi/D.R)
Raide traversée pendant la première descente de la voie originale de la face Nord du Pain de sucre. En compagnie de Davide capozzi et Francesco Civra Dano en mai 2015. (Davide Cappozzi/D.R)

Et le reste, les grandes courses d'alpinisme, ça ne te manque pas ? « Avec mon activité de guide, je passe toujours beaucoup de temps en montagne. Et j'ai la chance d'avoir une clientèle variée qui me permet de réaliser de belles courses. Quant au « reste », tous les jours que je passe dans la vallée à m'occuper de ma famille, sont autant de jours où je ne prends pas de risques en montagne. Et c'est toujours bon à prendre. »

On ne saurait le contredire !

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