Ski

Comment le lycée de Font-Romeu façonne des champions de freestyle

Unique en France par sa position plein sud et ses 1800 mètres d'altitude, le lycée de Font-Romeu a la particularité d'accueillir des classes de sports-études ski et snowboard freestyle au sein d'un centre inter-régional. Comme une antichambre des pôles France, cette fabrique de champions vient tout juste de boucler un cycle avec la consécration planétaire de Perrine Laffont.

Ski alpin - Frédéric Le Ruyet - Les lycéens de Font-Romeu disposent de modules adaptés pour progresser en freestyle. (Pierre Merimee/ D.R)

Les lycéens de Font-Romeu disposent de modules adaptés pour progresser en freestyle. (Pierre Merimee/ D.R)

Le double effet Perrine Laffont

Les dossiers se sont empilés sur la table au secrétariat du proviseur jusqu'à la fin-mars. Des demandes en hausse sur tous les sports de neige proposés au lycée de Font-Romeu : ski alpin, fond, biathlon et freestyle. Pas de statistiques disponibles pour constater de l'évolution des filières mais une augmentation des demandes significative, notamment en freestyle, du fait de l'engouement du public pour cette discipline, doublé de l'effet Perrine Laffont, consacrée aux JO et sur le circuit Coupe du Monde en 2018.

Perrine Laffont est une véritable star à Font-Romeu. ( Pierre MERIMEE/D.R)
Perrine Laffont est une véritable star à Font-Romeu. ( Pierre MERIMEE/D.R)

Au lycée de Font-Romeu, la pépite du ski de bosses français y a étudié jusqu'à l'obtention de son baccalauréat fin 2016. « Le lycée m'aura permis de me préparer physiquement et sur le plan scolaire. Grâce à la structure, j'ai pu allier l'école et le ski en même temps » raconte la principale intéressée. Un double projet scolaire et sportif où l'un ne va pas sans l'autre. Si un surdoué du slopestyle faisait l'impasse sur les cours, il serait pénalisé illico et conduit à rectifier le tir.

« Quand les gamins sortent d'ici, ils savent s'organiser »

« Si ça bug en sport, ça se répercute dans les études et vice versa, précise André Bègue, Conseiller Principal d'Education. Pour un jeune qui se destine au très haut-niveau, ne pas avoir de double projet, c'est gamberger. Car tu ne t'entraînes pas 8h par jour, il serait inconcevable de remplir ses journées avec du training. L'école et le sport associés sont très formateurs. Quand les gamins sortent d'ici, ils savent s'organiser. Nombreux sont les parents d'élèves surpris du résultat. Nous avons eu des exemples de lycéens dyslexiques ou peu attentifs, qui se sont retrouvés sur le chemin de l'autonomie alors qu'ils étaient destinés à être en difficulté dans un cursus classique. »

Entre théorie et pratique, les élèves ont le devoir d'être assidus. (P ierre MERIMEE/D.R)
Entre théorie et pratique, les élèves ont le devoir d'être assidus. (P ierre MERIMEE/D.R)

L'autre point fort à Font-Romeu, ce sont les professeurs impliqués qui s'adaptent et permettent d'alléger le volume d'études au moment des compétitions. « Ils les laissent en paix pour reprendre au moment opportun. Un tutorat spécifique a été mis en place pour permettre aux élèves d'étudier sereinement. Une heure de tutorat individuel compense trois heures de cours classiques. Mais l'élève doit jouer le jeu et s'investir au moment de rentrer dans la salle, on lui demande qu'il soit actif. Il sait qu'il doit rattraper son retard. »

Pour Andreas Herranz, qui a intégré le pôle espoir ski freestyle cette année, c'est plutôt limpide. Éloigné de sa famille car originaire de Luchon, Andreas est logé à l'internat et toujours enthousiaste au 4e trimestre, à 16 ans tout juste. « Mon truc, c'est le slopestyle et le big-air. Le premier trimestre a été consacré à la préparation physique et ça se sent vraiment sur les skis ensuite. L'ambiance est bonne, le groupe est soudé. En compétition on s'entraide et on se motive.

Quand il y en a un qui plaque un trick on est tous content pour lui ! Mais ça peut être parfois tendu et pas toujours très fun, il faut savoir où on se situe avec le haut-niveau et ce qu'on est prêt à donner de soit pour y parvenir. Après de grandes déceptions en compétition cet hiver, je n'ai rien lâché et je fais second junior aux championnats de France 2018 de big-air. En fin de cycle scolaire, ça donne une saison au rythme intense, mais ça passe ! Le sport et l'école, c'est vraiment possible à gérer. »

Vidéo : ci-dessous, le premier gros « dub » d'Andreas Herranz le jour de ses 16 ans :

Un label qui s'est mis en place au fil des années

« On recrute les meilleurs athlètes nationaux sur les catégories 14-18 ans mais aussi les jeunes pousses qui sont titrés en national à partir de la 6e, explique Romain Ndoumbe, responsable du Pôle Espoir Snowboard Massif Pyrénéen. On pourrait parler d'un label, car la démarche est différente d'un lycée ou d'un collège classique, avec une continuité de la 6e à la terminale. Et nous pouvons suivre des élèves sur le long cours s'ils se décidaient à intégrer une formation supérieure STAPS. Le partenariat avec le CREPS-CNEA et des installations au top, communes au snowboard et au ski, permettent d'accroître encore cette progression de niveau dans la durée. »

Entre les cours et avant de chausser les skis ou le snowboard, les séances en salle sont indispensables. ( Pierre MERIMEE /D.R)
Entre les cours et avant de chausser les skis ou le snowboard, les séances en salle sont indispensables. ( Pierre MERIMEE /D.R)

Avec cette possibilité de passer 10 ans dans la structure, la formation freestyle au lycée de Font-Romeu suit la théorie développée par le psychologue K. Anders Ericsson au début des années 90. La « règle des 10 000 heures » est la condition nécessaire, selon le chercheur suédois, pour accéder au niveau expert dans sa discipline.

« Nous sommes toujours en quête de dynamisme et de collaborations, poursuit Romain Ndoumbe. On développe actuellement un volet gymnastique, car dans la pratique du big-air, il n'y a pas de marge. Il faut être exact, rigoureux et appliqué. Nous ne voulons pas produire des gymnastes qui font du snowboard, mais des snowboardeurs qui développent une habileté dans leur discipline, avec la rigueur du gymnaste. Notre mission est spécifique au freestyle. Ceux qui émergent en snowboard de vitesse sont orientés vers Villard- de-Lans, à l'image de Raphaël Laffite qui s'est révélé il y a peu en boardercross. »

Comme après chaque olympiade, c'est l'heure des bilans avant de penser à l'avenir. Il est encore trop tôt pour parler concrètement du futur, y compris au sujet du Centre de Font-Romeu. Pendant ce temps-là, les jeunes du lycée continuent à s'entraîner sans compter...

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