Ski

Connaissez-vous le rôle d'un «pisteur secouriste» dans une station de ski ?

Alors que l'hiver bat son plein et que les domaines de France accueillent tous les jours des milliers de skieurs, nous sommes partis à la rencontre d'Anthony Gacon, pisteur dans la station de Méribel (Savoie), pour qu'il nous dévoile les contours de son métier.

Ski freeride - Ski freeride - L'open space méribelois d'Anthony Gacon  (J.Prevost / D.R)

L'open space méribelois d'Anthony Gacon (J.Prevost / D.R)

Tapis dans l'ombre de la lumineuse, luxueuse et éclatante poudre blanche, ils guettent et veillent sur nous, assurent notre sécurité et notre bon plaisir sur les pistes. Les pisteurs sont donc, en quelque sorte, les anges gardiens de nos hivers. Ouverture des pistes, sécurisation du domaine, prévention des risques, P.I.D.A (Plan d'Intervention pour le Déclenchement des Avalanches), secours, recherche de victimes sous avalanche... Ils sont sur tous les fronts de l'aube au crépuscule.

Pour mieux comprendre l'importance des pisteurs secouristes présents sur un domaine skiable, nous avons rencontré Anthony Gacon, pisteur dans la station de Méribel (Savoie) depuis plus de 10 ans et natif de la vallée.

Un métier de passion

On ne devient pas pisteur par hasard. Originaire de Méribel, Anthony Gacon a découvert le métier dans les traces de son père. Il a ça dans les gênes. Il connaît le domaine comme sa poche, c'est une évidence ! « C'est une passion, ça ne s'explique pas » nous confie le principal intéressé.

Mais derrière la passion, il y a un savoir-faire, des compétences et une connaissance de la montagne sous toutes ses humeurs. Devenir pisteur, ça ne s'improvise pas. Avant de revêtir l'uniforme, quelques pré-requis s'imposent : être majeur, être titulaire du PSE1 et du PSE2 (premiers secours en équipe niveau 1 et 2) et réussir les tests techniques d'entrée à la formation d'État. La majorité en poche, Anthony Gacon n'a pas perdu de temps. Après deux ans de patrouille (aide aux pisteurs), il obtient son diplôme national de pisteur secouriste du premier degré, peu de temps après celui d'artificier. Et deux ans plus tard, il passe et réussit l'examen du deuxième degré, certifiant la gestion des risques et l'intervention sur des secours complexes.

Depuis, chaque hiver, avec les équipes de Méribel Alpina, il veille sur les pistes du domaine et assure la sécurité de tous les skieurs.

Sécuriser et baliser les pistes sont des tâches quotidiennes en fonction des conditions du jour (J.Prevost / D.R)
Sécuriser et baliser les pistes sont des tâches quotidiennes en fonction des conditions du jour (J.Prevost / D.R)

Un métier dessiné par la montagne

Au cœur des 3 vallées, la station de Méribel offre un terrain de jeu illimité pour tous les niveaux et toutes les inspirations. De 1100 mètres d'altitude à presque 3000 mètres, des espaces débutants au couloir GoPro sous la dent de Burgin, en passant par le DC Park, le stade de slalom olympique ou encore l'emblématique Mont Vallon, au bureau des pisteurs, la routine ne s'installe jamais. La grande patronne, c'est la montagne. Somptueuse et impitoyable, c'est elle qui donne le rythme.

Chaque jour, le domaine se redessine en fonction de son humeur. Les pisteurs doivent sans cesse être sur le qui-vive, gérer le risque et prévenir pour offrir le meilleur ski possible dans la plus grande sécurité. « La météo est un facteur important dans notre métier. Selon les conditions, nous devons aussi informer les clients sur l'évolution du temps pour éviter qu'ils ne se retrouvent bloqués dans une vallée voisine et anticipons la fermeture des pistes pour assurer la sécurité des skieurs. Chaque journée demande une exigence, une attention particulière et nous devons nous adapter à toutes les éventualités » précise Anthony Gacon.

Une dernière montée avant de fermer le bureau (J.Prevost / D.R)
Une dernière montée avant de fermer le bureau (J.Prevost / D.R)

Un métier de l'aube au crépuscule

Les pisteurs sont là avant, pendant et après. Ils ouvrent, préparent, surveillent et ferment le domaine. Bien avant que vous n'ayez enfilé vos chaussettes, à l'heure des tartines et du chocolat chaud, les pisteurs sont déjà sur le front !

Difficile de définir les horaires d'un pisteur, encore une fois, tout dépend des conditions du jour. Tous les risques doivent être évalués avant l'ouverture du domaine. « À la première heure, chaque pisteur monte à son poste de secours situé à des points stratégiques sur les hauteurs du domaine pour pouvoir intervenir au plus vite par gravité en cas d'accident. Le chef de secteur fait alors fait le point sur les conditions météo, la nivologie et le travail des dameuses pour évaluer les risques, le balisage et la signalétique à mettre en place pour un maximum de sécurité. »

Une fois le domaine ouvert, pas de pause. Le pisteur secouriste patrouille de manière pro active car rien ne doit être laissé au hasard. Mieux vaut prévenir que guérir. Si la dimension de « secourisme » du métier peut être éviter, tant mieux. Tout au long de la journée, les pisteurs sillonnent le domaine et vérifient régulièrement les différents dispositifs mis en place sur les pistes en espérant de pas avoir à intervenir sur un secours...

À l'heure des derniers rayons de soleil, synonymes du moment « bière-terrasse » pour la plupart, il reste encore aux pisteurs à fermer le domaine et s'assurer que plus personne ne soit encore sur le domaine.

Un métier d'engagement

« En cas de chutes de neige importantes et de vents violents, nous devons sécuriser le domaine skiable. Nous mettons en place le P.I.D.A (Plan d'Intervention pour le Déclenchement des Avalanches). Après un point météo avec notre chef de secteur, nous partons en binôme sur les zones à miner. » Voilà la raison principale pour laquelle vos remontées mécaniques ont parfois un peu de retard à l'ouverture. Et non, ce ne sont pas ces montagnards qui essaient encore de se jouer de vous mais bien de vous protéger !

Difficile d'acter un P.I.D.A dans la nuit, sans aucune visibilité sur le manteau neigeux. Pour les pisteurs, déclencher une avalanche n'est pas un geste anodin. Il est question de sécuriser le domaine sans se mettre en danger soi-même dans l'action.

Il existe plusieurs techniques de déclenchement préventif, par charge explosive ou gazeuse, manuel ou mécanique. Quel que soit le moyen, le déclenchement d'avalanche demande un vrai savoir-faire du pisteur artificier, une connaissance de la nivologie et un engagement physique, technique mais aussi juridique via la société d'exploitation. Il existe une formation spécifique d'artificier et d'observateur nivo-météorologiste. Le déclenchement artificiel d'une avalanche comporte de nombreux risques : d'extension de l'avalanche, de présence humaine dans l'emprise prévisible de l'avalanche, un risque pour les pisteurs qui s'engagent en zone escarpée... On n'engage pas un P.I.D.A par facilité !

Du petit bobo à la recherche de victimes sous avalanche, les pisteurs secouristes sont également bien souvent les premiers intervenants sur le terrain, là où chaque seconde compte. Intervenir rapidement, diagnostiquer la situation, sécuriser la victime, dispenser les premiers soins de la chaîne de secours (hélicoptère, ambulances, médecins). Face aux avalanches, les pisteurs et pisteurs maîtres-chiens sont comme des médecins urgentistes.

L'avalanche est certainement l'accident type où la rapidité d'intervention peut conditionner les chances de survie. Si la vitesse d'intervention dépend souvent de paramètres qui ne peuvent être maîtrisés à 100%, les pisteurs ont le devoir d'être efficaces.

Déclanchement préventif ici d'une avalanche sur le domaine de Méribel (Yoann Lelievre / D.R)
Déclanchement préventif ici d'une avalanche sur le domaine de Méribel (Yoann Lelievre / D.R)

Un métier social

Dans le meilleur ou le pire des cas, les pisteurs sont en contact direct avec les skieurs et clients du domaine. Occasionnel ou quotidien, le ski reste un loisir, un loisir onéreux, où l'interdiction n'est pas toujours bien perçue. Si « l'arrivée des parigots » alimente les discussions de comptoir, elle est surtout une réelle inquiétude pour les pisteurs. Elle signifie une forte affluence sur les pistes, un risque d'accident élevé et bien souvent des comportements irresponsables en montagne (des touristes et des locaux).

La prévention et l'échange avec les skieurs est une mission importante du métier et pas toujours la plus évidente. Ils ont parfois le mauvais rôle. Il faut sensibiliser les skieurs aux règles de sécurité sur les pistes, au respect de la signalétique ainsi qu'aux dangers en hors-piste face à un auditoire avide de sensations fortes et venu pour relâcher la pression.

Toutes les informations sur les conditions du jour sont disponibles dans toutes les stations à la cabane des pisteurs (J.Prevost / D.R)
Toutes les informations sur les conditions du jour sont disponibles dans toutes les stations à la cabane des pisteurs (J.Prevost / D.R)

Les pisteurs vous accueillent chaque hiver, ils sont là pour vous informer, vous renseigner et vous conseiller pour profiter aux mieux de vos journées sur les skis. En cas de doute, mieux vaut aller frapper à leur porte que de les croiser quelques minutes plus tard sur un brancard !

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