Alpinisme

Le Nanga Parbat, Tomasz Mackiewicz en était obsédé

Si les coups de projecteur se sont multipliés sur l'opération de sauvetage historique de la Française Elisabeth Revol, peu sont ceux qui ont rendu hommage à son compagnon de cordée, l'alpiniste polonais Tomasz Mackiewicz, qui y a laissé la vie. Retour sur l'itinéraire tumultueux d'un himalayiste obsédé par le Nanga Parbat.

Alpinisme - Alpinisme - Tomascz Mackiewicz lors d'une précédente expédition sur le Nanga Parbat en 2014. (Reuters)

Tomascz Mackiewicz lors d'une précédente expédition sur le Nanga Parbat en 2014. (Reuters)

Jeudi 25 janvier 2018, en fin d'après-midi, Tomasz Mackiewicz était un homme qui réalisait son rêve le plus fou. Selon sa partenaire sur la montagne Elisabeth Revol, elle et son compagnon de cordée se hissaient jusqu'au sommet du Nanga Parbat (8 126m). Une performance hors du commun : la cordée qu'il formait avec la Française est seulement la deuxième dans l'histoire de l'himalayisme à être parvenue au sommet de la « montagne tueuse » en hiver, après l'Italien Simone Moro, le Pakistanais Muhammad Ali Sadpara et l'Espagnol Alex Txikon en février 2016.

Tamara Lunger, la seule femme de la cordée de 2016, avait elle dû faire demi-tour moins de 100 mètres sous le sommet, souffrant d'un mal aiguë des montagnes. Elisabeth Revol devenait par la même occasion la deuxième femme (après Marianne Chapuisat en 1993) à parvenir au sommet d'un « 8000m » sans oxygène en hiver. Un exploit qui entrait dans l'histoire de l'alpinisme.

Les alpinistes Elisabeth Revol et Tomasz Mackiewicz lors de leur ascension du Nanga Parbat. (Elisabeth Revol/D.R)
Les alpinistes Elisabeth Revol et Tomasz Mackiewicz lors de leur ascension du Nanga Parbat. (Elisabeth Revol/D.R)

Mais le temps des célébrations fut de courte durée : Tomasz Mackiewicz souffrait déjà de gelures et d'ophtalmie des neiges (aveuglement dû à la réverbération du soleil sur la neige) au sommet. La cordée s'empresse de prendre le chemin du camp de base, mais il est déjà trop tard.

Le Polonais ne peut bientôt plus continuer de descendre, victime, de surcroît, d'un mal aiguë des montagnes (œdème pulmonaire). Suivant les consignes des secours en liaison radio, Elisabeth Revol monte leur unique tente à une altitude de 7200m, le protège comme elle peut et poursuit sa descente. Contrairement à ce que pense alors la Française, personne ne pourra venir en aide au Polonais. La suite, on la connaît : la Française sera secourue par deux des meilleurs alpinistes du monde, Denis Urubko et Adam Bielecki, après trois jours d'une descente infernale. Et il sera déjà trop tard pour espérer retrouver Tomasz Mackiewicz en vie.

Tomasz « Tomek » Mackiewicz restera donc à jamais sur le Nanga Parbat. Le Polonais avait 43 ans et laisse derrière lui une femme et trois enfants, qui le soutenaient dans ses entreprises montagnardes, selon les déclarations de sa veuve : « Il œuvrait avec tellement de force et d'efforts pour que son parcours nous apporte quelque chose, pour s'assurer que nous ne manquerions de rien dans le futur. Je n'imaginais pas qu'il sacrifierait sa vie sur cette montagne. »

Mais la trajectoire qui a amené le Polonais à réaliser son funeste exploit sur les pentes de la « montagne tueuse » ne fut pas un long fleuve tranquille.

Tomek Mackiewicz découvre l'escalade à l'université. Mais son chemin vers les plus hauts sommets devra attendre : le jeune homme multiplie les excès et finit par développer une addiction à l'héroïne. Mais sa force de caractère lui permet de ne pas se laisser sombrer complètement : il finit par se soigner de sa dépendance.

Il découvre l'Himalaya en sortant de désintoxication, durant un voyage en Inde. Il a déjà les 8000m en ligne de mire. Son parcours d'alpiniste prend une nouvelle dimension en 2008, lorsqu'il réalise, avec Marek Klonowski, la traversée intégrale du Mont Logan (5 959m) au Canada, en près de 40 jours sur les plus grands glaciers du monde entre le Yukon et l'Alaska. Une performance qui lui vaut ses premières distinctions. Puis l'année suivante, il réalise en solo la traversée du Khan Tengri (7 010 mètres) à Tian Shan (Kazakhstan).

C'est en 2010 qu'il découvre le sommet dont la réalisation deviendra son obsession pendant près de huit années de sa vie.

Il décide de monter une expédition sur le Nanga Parbat avec Marek Klonowski en 2011. Un premier essai qui sera loin d'aboutir, mais qui le poussera à retourner sept fois au pied de la célèbre montagne. Avec des tentatives de plus en plus abouties : en 2013, il parvient seul à l'altitude de 7 400m. En 2015, pour sa première tentative avec Elisabeth Revol, ils parviennent à une altitude de 7 800m.

Cet hiver, juste avant de s'envoler une dernière fois pour le Nanga Parbat, il déclarait, fataliste, au média polonais wspinanie.pl : « Cette montagne ne me laissera jamais tranquille. » Une déclaration prémonitoire : après sept expéditions sur ses pentes, le Nanga Parbat a fini par lui prendre sa vie.

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